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Jules Verne - Les Tribulations d'un Chinois en Chine

appareils avec les différents ustensiles qui les complétaient et en faisaient des engins de sauvetage de
premier ordre.

«Soit, dit Kin-Fo. Allez chercher Soun!»

Un instant après, Fry ramenait Soun, complètement hébété. Il fallut l'habiller. Il se laissa faire,
machinalement, ne manifestant sa pensée que par des ai ai ya! à fendre l'âme!

A huit heures, Kin-Fo et ses compagnons étaient prêts. On eût dit quatre phoques des mers glaciales se
disposant à faire un plongeon. Il faut dire, toutefois, que le phoque Soun n'eût donné qu'une idée peu

avantageuse de la souplesse étonnante de ces mammifères marins, tant il était flasque et mollasse dans

son vêtement insubmersible.

Déjà la nuit commençait à se faire vers l'est. La jonque flottait au milieu d'un absolu silence à la calme
surface des eaux.

Craig et Fry poussèrent un des sabords qui fermaient les fenêtres du rouffle à l'arrière, et dont la baie
s'ouvrait au-dessus du couronnement de la jonque. Soun, enlevé sans plus de façon, fut glissé à travers le

sabord et lancé à la mer. Kin-Fo le suivit aussitôt, Puis, Craig et Fry, saisissant les apparaux qui leur

étaient nécessaires, se précipitèrent à la suite.

Personne ne pouvait se douter que les passagers de la Sam-Yep venaient de quitter le bord!

XIX. QUI NE FINIT BIEN, NI POUR LE CAPITAINE YIN COMMANDANT LA «SAM- YEP»,
NI POUR SON ÉQUIPAGE

Les appareils du capitaine Boyton consistent uniquement eu un vêtement de caoutchouc, comprenant le
pantalon, la jaquette et la capote. Par la nature même de l'étoffe employée, ils sont donc imperméables.

Mais, imperméables à l'eau, ils ne l'auraient pas été au froid, résultant d'une immersion prolongée. Aussi

ces vêtements sont-ils faits de deux étoffes juxtaposées, entre lesquelles on peut insuffler une certaine

quantité d'air.

Cet air sert donc à deux fins: 1° à maintenir l'appareil suspenseur à la surface de l'eau; 2° à empêcher par
son interposition tout contact avec le milieu liquide, et conséquemment à garantir de tout refroidissement.

Ainsi vêtu, un homme pourrait rester presque indéfiniment immergé.

Il va sans dire que l'étanchéité des joints de ces appareils était parfaite. Le pantalon, dont les pieds se
terminaient par de pesantes semelles, s'agrafait au cercle d'une ceinture métallique, assez large pour

laisser quelque jeu aux mouvements du corps. La jaquette, fixée à cette ceinture, se raccordait à un solide

collier, sur lequel s'adaptait la capote. Celle-ci, entourant la tête, s'appliquait hermétiquement au front,

aux joues, au menton, par un liséré élastique. De la figure, on ne voyait donc plus que le nez, les yeux et

la bouche.

A la jaquette étaient fixés plusieurs tuyaux de caoutchouc, qui servaient à l'introduction de l'air, et
permettaient de la réglementer selon le degré de densité que l'on voulait obtenir. On pouvait donc, à

volonté, être plongé jusqu'au cou ou jusqu'à mi- corps seulement, ou même prendre la position

horizontale. En somme, complète liberté d'action et de mouvements, sécurité garantie et absolue.

Tel est l'appareil, qui a valu tant de succès à son audacieux inventeur, et dont l'utilité pratique est
manifeste dans un certain nombre d'accidents de mer.

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