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Jules Verne - Les Tribulations d'un Chinois en Chine

De là, un gros souci pour Kin-Fo, et des transes de tous les instants pour ses deux gardes du corps.

Huit jours plus tard, le 24 mai, aucune nouvelle du philosophe, et, conséquemment, nulle possibilité de se
mettre à sa recherche. Vainement Kin-Fo, Craig et Fry avaient-ils fouillé les territoires concessionnés, les

bazars, les quartiers suspects, les environs de Shang-Haï.

Vainement les plus habiles tipaos de la police s'étaient-ils mis en campagne. Le philosophe était
introuvable.

Cependant, Craig et Fry, de plus en plus inquiets, multipliaient les précautions. Ni de jour, ni de nuit, ils
ne quittaient leur client, mangeant à sa table, couchant dans sa chambre. Ils voulurent même l'engager à

porter une cotte d'acier, pour se mettre à l'abri d'un coup de poignard, et à ne manger que des oeufs à la

coque, qui ne pouvaient être empoisonnés!

Kin-Fo, il faut le dire, les envoya promener. Pourquoi pas l'enfermer pendant deux mois dans la caisse à
secret de la Centenaire, sous prétexte qu'il valait deux cent mille dollars!

Alors, William J. Bidulph, toujours pratique, proposa à son client de lui restituer la prime versée et de
déchirer la police d'assurance.

«Désolé, répondit nettement Kin-Fo, mais l'affaire est faite, et vous en subirez les conséquences.

- Soit, répliqua l'agent principal, qui prit son parti de ce qu'il ne pouvait empêcher, soit! Vous avez
raison! Vous ne serez jamais mieux gardé que par nous!

- Ni à meilleur compte!» répondit Kin-Fo.

XI. DANS LEQUEL ON VOIT KIN-FO DEVENIR L'HOMME LE PLUS CÉLÈBRE DE
L'EMPIRE DU MILIEU

Cependant, Wang demeurait introuvable. Kin-Fo commençait à enrager d'être réduit à l'inaction, de ne
pouvoir au moins courir après le philosophe. Et comment aurait-il pu le faire, puisque Wang avait

disparu sans laisser aucune trace!

Cette complication ne laissait pas d'inquiéter l'agent principal de la Centenaire. Après s'être dit d'abord
que tout cela n'était pas sérieux, que Wang n'accomplirait pas sa promesse, que, même en l'excentrique

Amérique, on ne se passerait pas de pareilles fantaisies, il en arriva à penser que rien n'était impossible

dans cet étrange pays qu'on appelle le Céleste Empire. Il fut bientôt de l'avis de Kin-Fo: c'est que, si l'on

ne parvenait pas à retrouver le philosophe, le philosophe tiendrait la parole donnée. Sa disparition

indiquait même de sa part le projet de n'opérer qu'au moment où son élève s'y attendrait le moins, comme

par un coup de foudre, et de le frapper au coeur d'une main rapide et sûre. Alors, après avoir déposé la

lettre sur le corps de sa victime, il viendrait tranquillement se présenter aux bureaux de la Centenaire,

pour y réclamer sa part du capital assuré.

Il fallait donc prévenir Wang; mais, le prévenir directement, cela ne se pouvait.

L'honorable William J. Bidulph fut donc conduit à employer les moyens indirects par voie de la presse.
En quelques jours, des avis furent envoyés aux gazettes chinoises, des télégrammes aux journaux

étrangers des deux mondes.

Le Tching-Pao, l'officiel de Péking, les feuilles rédigées en chinois à Shang-Haï et à Hong-Kong, les

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