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Jules Verne - Les Tribulations d'un Chinois en Chine

Alors, les souvenirs de son inutile existence repassèrent dans son esprit, ses ennuis, ses dégoûts, tout ce
que la richesse n'avait pu vaincre, tout ce que la pauvreté aurait accru encore!

Un seul éclair illuminait cette vie, qui avait été sans attrait dans sa période opulente, l'affection que
Kin-Fo avait ressentie pour la jeune veuve. Ce sentiment lui remuait le coeur, au moment où ses derniers

battements allaient cesser. Mais, faire la pauvre Lé-ou misérable avec lui, jamais!

La quatrième veille, celle qui précède le lever de l'aube, et pendant laquelle il semble que la vie
universelle soit comme suspendue, cette quatrième veille s'écoula pour Kin-Fo dans les plus vives

émotions. Il écoutait anxieusement. Ses regards fouillaient l'ombre. Il tâchait de surprendre les moindres

bruits. Plus d'une fois, il crut entendre gémir la porte, poussée par une main prudente.

Sans doute Wang espérait le trouver endormi et le frapperait dans son sommeil!

Et, alors, une sorte de réaction se faisait en lui. Il craignait et désirait à la fois cette terrible apparition du
Taï-ping.

L'aube blanchit les hauteurs du zénith avec la cinquième veille. Le jour se fit lentement.

Soudain, la porte du salon s'ouvrit.

Kin-Fo se redressa, ayant plus vécu dans cette dernière seconde que pendant sa vie tout entière!...

Soun était devant lui, une lettre à la main.

«Très pressée!» dit simplement Soun.

Kin-Fo eut comme un pressentiment. Il saisit la lettre, qui portait le timbre de San Francisco, il en
déchira l'enveloppe, il la lut rapidement, et, s'élançant hors du pavillon de Longue Vie.

«Wang! Wang!» cria-t-il.

En un instant, il arrivait à la chambre du philosophe et en ouvrait brusquement la porte.

Wang n'était plus là. Wang n'avait pas couché dans l'habitation, et, lorsque, aux cris de Kin-Fo, ses gens
eurent fouillé tout le yamen, il fut évident que Wang avait disparu sans laisser de traces.

X. DANS LEQUEL CRAIG ET FRY SONT OFFICIELLEMENT PRÉSENTÉS AU NOUVEAU
CLIENT DE LA «CENTENAIRE»

«Oui, monsieur Bidulph, un simple coup de Bourse, un coup à l'américaine!» dit Kin-Fo à l'agent
principal de la compagnie d'assurances.

L'honorable William J. Bidulph sourit en connaisseur.

«Bien joué, en effet, car tout le monde y a été pris, dit-il.

- Même mon correspondant! répondit Kin-Fo. Fausse cessation de paiements, monsieur, fausse faillite,
fausse nouvelle! Huit jours après, on payait à guichets ouverts.

L'affaire était faite. Les actions, dépréciées de quatre-vingts pour cent, avaient été rachetées au plus bas
par la Centrale Banque, et, lorsqu'on vint demander au directeur ce que donnerait la faillite: - «Cent

soixante-quinze pour cent!» répondit-il d'un air aimable. Voilà ce que m'a écrit mon correspondant dans

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