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Jules Verne - Les Tribulations d'un Chinois en Chine

- De Péking», ajouta William J. Bidulph, en finissant d'inscrire les noms des ayants droit. Puis il reprit:
«Quel est l'âge de Mme Lé-ou?

- Vingt et un ans, répondit Kin-Fo.

- Oh! fit l'agent, voilà une jeune dame qui sera bien vieille, quand elle touchera le montant du capital
assuré!

- Pourquoi, s'il vous plaît?

- Parce que vous vivrez plus de cent ans, mon cher monsieur. Quant au philosophe Wang?...

- Cinquante-cinq ans!

- Eh bien, cet aimable homme est sûr, lui, de ne jamais rien toucher!

- On le verra bien, monsieur!

- Monsieur, répondit William J. Bidulph, si j'étais à cinquante-cinq ans l'héritier d'un homme de trente et
un, qui doit mourir centenaire, je n'aurais pas la simplicité de compter sur son héritage.

- Votre serviteur, monsieur, dit Kin-Fo, en se dirigeant vers la porte du cabinet.

- Bien le vôtre!» répondit l'honorable William J. Bidulph, qui s'inclina devant le nouveau client de la
Centenaire.

Le lendemain, le médecin de la Compagnie avait fait à Kin-Fo la visite réglementaire. «Corps de fer,
muscles d'acier, poumons en soufflets d'orgues», disait le rapport.

Rien ne s'opposait à ce que la Compagnie traitât avec un assuré aussi solidement établi. La police fut
donc signée à cette date par Kin-Fo d'une part, au profit de la jeune veuve et du philosophe Wang, et, de

l'autre, par William J. Bidulph, représentant de la Compagnie. Ni Lé-ou ni Wang, à moins de

circonstances improbables, ne devaient jamais apprendre ce que Kin-Fo venait de faire pour eux, avant le

jour où la Centenaire serait mise en demeure de leur verser ce capital, dernière générosité de

l'ex-millionnaire.

VII. QUI SERAIT FORT TRISTE, S'IL NE S'AGISSAIT D'US ET COUTUMES PARTICULIERS
AU CÉLESTE EMPIRE

Quoi qu'eût pu dire et penser l'honorable William J. Bidulph, la caisse de la Centenaire était très
sérieusement menacée dans ses fonds. En effet, le plan de Kin-Fo n'était pas de ceux dont, réflexion faite,

on remet indéfiniment l'exécution. Complètement ruiné, l'élève de Wang avait formellement résolu d'en

finir avec, une existence qui, même au temps de sa richesse, ne lui laissait que tristesse et ennuis.

La lettre remise par Soun, huit jours après son arrivée, venait de San Francisco. Elle mandait la
suspension de paiement de la Centrale Banque Californienne. Or, la fortune de Kin-Fo se composait en

presque totalité, on le sait, d'actions de cette banque célèbre, si solide jusque-là.

Mais, il n'y avait, pas à douter. Si invraisemblable que pût paraître cette nouvelle, elle n'était
malheureusement que trop vraie. La suspension de paiements de la Centrale Banque Californienne venait

d'être confirmée par les journaux arrivés à Shang-Haï. La faillite avait été prononcée, et ruinait Kin-Fo de

fond en comble.

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