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Jules Verne - Les Index Noires

- Non, Harry, répondit la jeune fille. Je me souviendrai, mais c'est avec bonheur que je rentrerai avec toi
dans notre bien-aimée houillère.

- Nell, demanda Harry d'une voix dont il voulait en vain contenir l'émotion, veux-tu qu'un lien sacré nous
unisse à jamais devant Dieu et devant les hommes ? veux-tu de moi pour époux ?

- Je le veux, Harry, répondit Nell, en le regardant de ses yeux si purs, je le veux, si tu crois que je puisse
suffire à ta vie... » Nell n'avait pas achevé cette phrase, dans laquelle se résumait tout l'avenir d'Harry,

qu'un inexplicable phénomène se produisait.

Le Rob-Roy, bien qu'il fût encore à un demi-mille de la rive, éprouvait un choc brusque. Sa quille
venait de heurter le fond du lac, et sa machine, malgré tous ses efforts, ne put l'en arracher.

Et si cet accident était arrivé, c'est que, dans sa portion orientale, le lac Katrine venait de se vider presque
subitement, comme si une immense fissure se fût ouverte sous son lit. En quelques secondes, il s'était

asséché, ainsi qu'un littoral au plus bas d'une grande marée d'équinoxe. Presque tout son contenu avait fui

à travers les entrailles du sol.

« Mes amis, s'était écrié James Starr, comme si la cause du phénomène se fût soudain révélée à son
esprit, Dieu sauve la Nouvelle-Aberfoyle ! »

XIX. Une dernière menace

Ce jour-là, dans la Nouvelle-Aberfoyle, les travaux s'accomplissaient d'une façon régulière. On entendait
au loin le fracas des cartouches de dynamite, faisant éclater le filon carbonifère. Ici, c'étaient les coups de

pic et de pince qui provoquaient l'abatage du charbon; là, le grincement des perforatrices, dont les

fleurets trouaient les failles de grès ou de schiste. Il se faisait de longs bruits caverneux. L'air aspiré par

les machines fusait à travers les galeries d'aération. Les portes de bois se refermaient brusquement sous

ces violentes poussées. Dans les tunnels inférieurs, les trains de wagonnets, mus mécaniquement,

passaient avec une vitesse de quinze milles à l'heure, et les timbres automatiques prévenaient les ouvriers

de se blottir dans les refuges. Les cages montaient et descendaient sans relâche, halées par les énormes

tambours des machines installées à la surface du sol. Les disques, poussés à plein feu, éclairaient

vivement Coal-city.

L'exploitation était donc conduite avec la plus grande activité. Le filon s'égrenait dans les wagonnets, qui
venaient par centaines se vider dans les bennes, au fond des puits d'extraction. Pendant qu'une partie des

mineurs se reposait après les travaux nocturnes, les équipes de jour travaillaient sans perdre une heure.

Simon Ford et Madge, leur dîner terminé, s'étaient installés dans la cour du cottage. Le vieil overman
faisait sa sieste accoutumée. Il fumait sa pipe bourrée d'excellent tabac de France. Lorsque les deux

époux causaient, c'était pour parler de Nell, de leur garçon, de James Starr, de cette excursion à la surface

de la terre. Où étaient-ils ? Que faisaient-ils en ce moment ? Comment, sans éprouver la nostalgie de la

houillère, pouvaient-ils rester si longtemps au-dehors ?

En ce moment, un mugissement d'une violence extraordinaire se fit soudain entendre. C'était à croire
qu'une énorme cataracte se précipitait dans la houillère.

Simon Ford et Madge s'étaient levés brusquement.

Presque aussitôt les eaux du lac Malcolm se gonflèrent. Une haute vague, déferlant comme une lame de

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