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Jules Verne - Les Index Noires

Elgin. Enfin, la cloche du Prince de Galles signala la station de Crombie-Point.

Le temps était alors très mauvais. La pluie, fouettée par une brise violente, se pulvérisait au milieu de ces
mugissantes rafales, qui passaient comme des trombes.

James Starr n'était pas sans quelque inquiétude. Le fils d'Harry Ford se trouverait-il au rendez-vous ? Il le
savait par expérience : les mineurs, habitués au calme profond des houillères, affrontent moins volontiers

que les ouvriers ou les laboureurs ces grands troubles de l'atmosphère. De Callander à la fosse Dochart et

au puits Yarow, il fallait compter une distance de quatre milles. C'étaient là des raisons qui pouvaient,

dans une certaine mesure, retarder le fils du vieil overman. Toutefois, l'ingénieur se préoccupait

davantage de l'idée que le rendez-vous donné dans la première lettre eût été contremandé dans la

seconde. - C'était, à vrai dire, son plus gros souci.

En tout cas, si Harry Ford ne se trouvait pas à l'arrivée du train à Callander, James Starr était bien décidé
à se rendre seul à la fosse Dochart, et même, s'il le fallait, jusqu'au village d'Aberfoyle. Là, il aurait sans

doute des nouvelles de Simon Ford, et il apprendrait en quel lieu résidait actuellement le vieil overman.

Cependant, le Prince de Galles continuait à soulever de grosses lames sous la poussée de ses
aubes. On ne voyait rien des deux rives du fleuve, ni du village de Crombie, ni Torryburn, ni

Torry-house, ni Newmills, ni Carridenhouse, ni Ilirkgrange, ni Salt-Pans, sur la droite. Le petit port de

Bowness, le port de Grangemouth, creusé à l'embouchure du canal de la Clyde, disparaissaient dans

l'humide brouillard. Culross, le vieux bourg et les ruines de son abbaye de Cîteaux, Ilinkardine et ses

chantiers de construction, auxquels le steam-boat fit escale, Ayrthcastle et sa tour carrée du XIIIe siècle,

Clackmannan et son château, bâti par Robert Bruce, n'étaient même pas visibles à travers les rayures

obliques de la pluie.

Le Prince de Galles s'arrêta à l'embarcadère d'Alloa pour déposer quelques voyageurs. James
Starr eut le cur serré en passant, après dix ans d'absence, près de cette petite ville, siège d'exploitation

d'importantes houillères qui nourrissaient toujours une nombreuse population de travailleurs. Son

imagination l'entraînait dans ce sous-sol, que le pic des mineurs creusait encore à grand profit. Ces mines

d'Alloa, presque contiguës à celles d'Aberfoyle, continuaient à enrichir le comté, tandis que les gisements

voisins, épuisés depuis tant d'années, ne comptaient plus un seul ouvrier !

Le steam-boat, en quittant Alloa, s'enfonça dans les nombreux détours que fait le Forth sur un parcours
de dix-neuf milles. Il circulait rapidement entre les grands arbres des deux rives. Un instant, dans une

éclaircie, apparurent les ruines de l'abbaye de Cambuskenneth, qui date du XIIe siècle. Puis, ce furent le

château de Stirling et le bourg royal de ce nom, où le Forth, traversé par deux ponts, n'est plus navigable

aux navires de hautes mâtures.

A peine le Prince de Galles avait-il accosté, que l'ingénieur sautait lestement sur le quai. Cinq
minutes après, il arrivait à la gare de Stirling. Une heure plus tard, il descendait du train à Callander, gros

village situé sur la rive gauche du Teith.

Là, devant la gare, attendait un jeune homme, qui s'avança aussitôt vers l'ingénieur.

C'était Harry, le fils de Simon Ford.

[1] Principale et célèbre rue du vieil Édimbourg.

III. Le sous-sol du Royaume-Uni

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