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Jules Verne - Les Index Noires

saurait le taire longtemps à son mari ! Le danger menacerait Harry comme il nous menacerait
nous-mêmes. Donc, un mariage qui doit donner le bonheur aux époux et la sécurité à leurs amis, est un

bon mariage, ou il ne s'en fera jamais ici-bas ! »

Ainsi raisonnait, non sans quelque logique, l'ingénieur James Starr. Ce raisonnement, il le communiqua
même au vieux Simoh, qui ne fut pas sans le goûter. Rien ne semblait donc devoir s'opposer à ce

qu'Harry devînt l'époux de Nell.

Et qui donc l'aurait pu ? Harry et Nell s'aimaient. Les vieux parents ne rêvaient pas d'autre compagne
pour leur fils. Les camarades d'Harry enviaient son bonheur, tout en reconnaissant qu'il lui était bien dû.

La jeune fille ne relevait que d'elle-même et n'avait d'autre consentement à obtenir que celui de son

propre cur.

Mais, si personne ne semblait pouvoir mettre obstacle à ce mariage, pourquoi, lorsque les disques
électriques s'éteignaient à l'heure du repos, quand la nuit se faisait sur la cité ouvrière, lorsque les

habitants de Coal-city avaient regagné leur cottage, pourquoi, de l'un des coins les plus sombres de la

Nouvelle Aberfoyle, un être mystérieux se glissait-il dans les ténèbres ? Quel instinct guidait ce fantôme

à travers certaines galeries si étroites qu'on devait les croire impraticables ? Pourquoi cet être

énigmatique, dont les yeux perçaient la plus profonde obscurité, venait-il en rampant sur le rivage du lac

Malcolm ? Pourquoi se dirigeait-il si obstinément vers l'habitation de Simon Ford, et si prudemment

aussi, qu'il avait jusqu'alors déjoué toute surveillance ? Pourquoi venait-il appuyer son oreille aux

fenêtres et essayait-il de surprendre des lambeaux de conversation à travers les volets du cottage ?

Et, lorsque certaines paroles arrivaient jusqu'à lui, pourquoi son poing se dressait-il pour menacer la
tranquille demeure ? Pourquoi, enfin ces mots s'échappaient-ils de sa bouche, contractée par la colère :

« Elle et lui ! Jamais ! »

XVII. Un lever de soleil

Un mois après - c'était le soir du 20 août - , Simon Ford et Madge saluaient de leurs meilleurs « wishes »
quatre touristes qui s'apprêtaient à quitter le cottage.

James Starr, Harry et Jack Ryan allaient conduire Nell sur un sol que son pied n'avait jamais foulé, dans
cet éclatant milieu, dont ses regards ne connaissaient pas encore la lumière.

L'excursion devait se prolonger pendant deux jours. James Starr, d'accord avec Harry, voulait qu'après
ces quarante-huit heures passées au-dehors, la jeune fille eût vu tout ce qu'elle n'avait pu voir dans la

sombre houillère, c'est-à-dire les divers aspects du globe, comme si un panorama mouvant de villes, de

plaines, de montagnes, de fleuves, de lacs, de golfes, de mers, se fût déroulé devant ses yeux.

Or, dans cette portion de l'Écosse, comprise entre Édimbourg et Glasgow, il semblait que la nature eût
voulu précisément réunir ces merveilles terrestres, et, quant aux cieux, ils seraient là comme partout,

avec leurs nuées changeantes, leur lune sereine ou voilée, leur soleil radieux, leur fourmillement d'étoiles.

L'excursion projetée avait donc été combinée de manière à satisfaire aux conditions de ce programme.

Simon Ford et Madge eussent été très heureux d'accompagner Nell; mais, on les connaît, ils ne quittaient
pas volontiers le cottage, et, finalement, ils ne purent se résoudre à abandonner, même pour un jour, leur

souterraine demeure.

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