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Jules Verne - Les Index Noires

Tel était ce nouveau domaine, d'une incomparable richesse, dont la découverte appartenait en propre au
vieil overman. Dix ans de séjour dans l'ancienne houillère, une rare persistance de recherches, une foi

absolue, soutenue par un merveilleux instinct de mineur, il lui avait fallu toutes ces conditions réunies

pour réussir, là où tant d'autres auraient échoué. Pourquoi les sondages, pratiqués sous la direction de

James Starr, pendant les dernières années d'exploitation, s'étaient-ils précisément arrêtés à cette limite,

sur la frontière même de la nouvelle mine ? cela était dû au hasard, dont la part est grande dans les

recherches de ce genre.

Quoi qu'il en soit, il y avait là, dans le sous-sol écossais, une sorte de comté souterrain, auquel il ne
manquait, pour être habitable, que les rayons du soleil, ou, à son défaut, la clarté d'un astre spécial.

L'eau y était localisée dans certaines dépressions, formant de vastes étangs, ou même des lacs plus grands
que le lac Katrine, situé précisément au-dessus. Sans doute, ces lacs n'avaient pas le mouvement des

eaux, les courants, le ressac. Ils ne reflétaient pas la silhouette de quelque vieux château gothique. Ni les

bouleaux ni les chênes ne se penchaient sur leurs rives, les montagnes n'allongeaient pas de grandes

ombres à leur surface, les steamboats ne les sillonnaient pas, aucune lumière ne se réverbérait dans leurs

eaux, le soleil ne les imprégnait pas de ses rayons éclatants, la lune ne se levait jamais sur leur horizon.

Et pourtant, ces lacs profonds, dont la brise ne ridait pas le miroir, n'auraient pas été sans charme, à la

lumière de quelque astre électrique, et, réunis par un lacet de canaux, ils complétaient bien la géographie

de cet étrange domaine.

Quoiqu'il fût impropre à toute production végétale, ce sous-sol eût, cependant, pu servir de demeure à
toute une population. Et qui sait si, dans ces milieux à température constante, au fond de ces houillères

d'Aberfoyle, aussi bien que dans celles de Newcastle, d'Alloa ou de Cardiff, lorsque leurs gisements

seront épuisés, - qui sait si la classe pauvre du Royaume-Uni ne trouvera pas refuge quelque jour ?

X. Aller et retour

A la voix d'Harry, James Starr, Madge et Simon Ford s'étaient introduits par l'étroit orifice qui mettait en
communication la fosse Dochart avec la nouvelle houillère.

Ils se trouvaient alors à la naissance d'une galerie assez large. On aurait pu croire qu'elle avait été percée
de main d'homme, que le pic et la pioche l'avaient évidée pour l'exploitation d'un nouveau gisement. Les

explorateurs devaient se demander si, par un singulier hasard, ils n'avaient pas été transportés dans

quelque ancienne houillère, dont les plus vieux mineurs du comté n'auraient jamais connu l'existence.

Non ! C'étaient les couches géologiques qui avaient « épargné » cette galerie, à l'époque où se faisait le
tassement des terrains secondaires. Peut-être quelque torrent l'avait-il parcourue autrefois, lorsque les

eaux supérieures allaient se mélanger aux végétaux enlisés; mais, maintenant, elle était aussi sèche que si

elle eût été forée, quelque mille pieds plus bas, dans l'étage des roches granitoïdes. En même temps, l'air

y circulait avec aisance, - ce qui indiquait que certains « éventoirs » naturels la mettaient en

communication avec l'atmosphère extérieure.

Cette observation, qui fut faite par l'ingénieur, était juste, et l'on sentait que l'aération s'opérait facilement
dans la nouvelle mine. Quant à ce grisou qui fusait naguère à travers les schistes de la paroi, il semblait

qu'il n'eût été contenu que dans une simple « poche », vide maintenant, et il était certain que l'atmosphère

de la galerie n'en conservait pas la moindre trace. Cependant, et par précaution, Harry n'avait emporté

que la lampe de sûreté, qui lui assurait un éclairage de douze heures.

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