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Jules Verne - Les Index Noires

encore pour te porter ! »

Harry avait compris. Son père s'accota à la paroi. Harry s'éleva sur ses épaules, de manière que son pic
pût atteindre la trace suffisamment visible du lutage. Puis, à coups redoublés, il entama la partie de roche

schisteuse que ce lutage recouvrait.

Aussitôt un léger pétillement se produisit, semblable à celui que fait le vin de Champagne lorsqu'il
s'échappe d'une bouteille, - bruit qui, dans les houillères anglaises, est connu sous le nom onomatopique

de « puff ».

Harry saisit alors sa lampe, et il l'approcha de la fissure...

Une légère détonation se fit entendre, et une petite flamme rouge, un peu bleuâtre à son contour, voltigea
sur la paroi, comme eût fait un follet de feu Saint-Elme.

Harry sauta aussitôt à terre, et le vieil overman, ne pouvant contenir sa joie, saisit les mains de
l'ingénieur, en s'écriant :

« Hurrah ! hurrah ! hurrah ! monsieur James ! Le grisou brûle ! Donc, le filon est là ! »

VIII. Un coup de dynamite

L'experience annoncée par le vieil overman avait réussi. L'hydrogène protocarboné, on le sait, ne se
développe que dans les gisements houillers. Donc, l'existence d'un filon du précieux combustible ne

pouvait être mise en doute. Quelles étaient son importance et sa qualité ? on les déterminerait plus tard.

Telles furent les conséquences que l'ingénieur déduisit du phénomène qu'il venait d'observer. Elles
étaient en tout conformes à celles qu'en avait déjà tirées Simon Ford.

« Oui, se dit James Starr, derrière cette paroi s'étend une couche carbonifère que nos sondages n'ont pas
su atteindre ! Cela est fâcheux, puisque tout l'outillage de la mine abandonnée depuis dix ans, est

maintenant à refaire ! N'importe ! Nous avons retrouvé la veine que l'on croyait épuisée, et, cette fois,

nous l'exploiterons jusqu'au bout !

- Eh bien, monsieur James, demanda Simon Ford, que pensez-vous de notre découverte ? Ai-je eu tort de
vous déranger ? Regrettez-vous cette dernière visite faite à la fosse Dochart ?

- Non, non, mon vieux compagnon ! répondit James Starr. Nous n'avons pas perdu notre temps, mais
nous le perdrions maintenant, si nous ne retournions immédiatement au cottage. Demain, nous

reviendrons ici. Nous ferons éclater cette paroi à coups de dynamite. Nous mettrons au jour

l'affleurement du nouveau filon, et, après une série de sondages, si la couche paraît être importante, je

reconstituerai une Société de la Nouvelle Aberfoyle, à l'extrême satisfaction des anciens actionnaires !

Avant trois mois, il faut que les premières bennes de houille aient été extraites du nouveau gisement !

- Bien parlé, monsieur James ! s'écria Simon Ford. La vieille houillère va donc rajeunir, comme une
veuve qui se remarie ! L'animation des anciens jours recommencera avec les coups de pioche, les coups

de pic, les coups de mine, le roulement des wagons, le hennissement des chevaux, le grincement des

bennes, le grondement des machines ! Je reverrai donc tout cela, moi ! J'espère, monsieur James, que

vous ne me trouverez pas trop vieux pour reprendre mes fonctions d'overman ?

- Non, brave Simon, non, certes ! vous êtes resté plus jeune que moi, mon vieux camarade !

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