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Jules Verne - Les Index Noires

ferons honneur ! »

[1] Le sawney, c'est l'Écossais, comme John Bull est l'Anglais, et Paddy l'Irlandais.

[2] Stations balnéaires des environs d'Édimbourg.

VI. Quelques phénomènes inexplicables

On sait ce que sont les croyances superstitieuses dans les hautes et basses terres de l'Écosse. En certains
clans, les tenanciers du laird, réunis pour la veillée, aiment à redire les contes empruntés au répertoire de

la mythologie hyperboréenne. L'instruction, quoique largement et libéralement répandue dans le pays, n'a

pas pu réduire encore à l'état de fictions ces légendes, qui semblent inhérentes au sol même de la vieille

Calédonie. C'est encore le pays des esprits et des revenants, des lutins et des fées. Là apparaissent

toujours le génie malfaisant qui ne s'éloigne que moyennant finances, le « Seer » des Highlanders, qui,

par un don de seconde vue, prédit les morts prochaines, le « May Moullach », qui se montre sous la

forme d'une jeune fille aux bras velus et prévient les familles des malheurs dont elles sont menacées, la

fée « Branshie », qui annonce les événements funestes, les « Brawnies », auxquels est confiée la garde du

mobilier domestique, l'« Urisk », qui fréquente plus particulièrement les gorges sauvages du lac Katrine,

- et tant d'autres.

Il va de soi que la population des houillères écossaises devait fournir son contingent de légendes et de
fables à ce répertoire mythologique. Si les montagnes des Hautes-Terres sont peuplées d'êtres

chimériques, bons ou mauvais, à plus forte raison les sombres houillères devaient-elles être hantées

jusque dans leurs dernières profondeurs. Qui fait trembler le gisement pendant les nuits d'orage, qui met

sur la trace du filon encore inexploité, qui allume le grisou et préside aux explosions terribles, sinon

quelque génie de la mine ? C'était, du moins, l'opinion communément répandue parmi ces superstitieux

Écossais. En vérité, la plupart des mineurs croyaient volontiers au fantastique, quand il ne s'agissait que

de phénomènes purement physiques, et on eût perdu son temps à vouloir les désabuser. Où la crédulité se

fût-elle développée plus librement qu'au fond de ces abîmes ?

Or, les houillères d'Aberfoyle, précisément parce qu'elles étaient exploitées dans le pays des légendes,
devaient se prêter plus naturellement à tous les incidents du surnaturel.

Donc les légendes y abondaient. Il faut dire, d'ailleurs, que certains phénomènes, inexpliqués jusqu'alors,
ne pouvaient que fournir un nouvel aliment à la crédulité publique.

Au premier rang des superstitieux de la fosse Dochart, figurait Jack Ryan, le camarade d'Harry. C'était le
plus grand partisan du surnaturel qui fût. Toutes ces fantastiques histoires, il les transformait en

chansons, qui lui valaient de beaux succès pendant les veillées d'hiver.

Mais Jack Ryan n'était pas le seul à faire montre de sa crédulité. Ses camarades affirmaient, non moins
hautement, que les fosses d'Aberfoyle étaient hantées, que certains êtres insaisissables y apparaissaient

fréquemment, comme cela arrivait dans les Hautes-Terres. A les entendre, ce qui même aurait été

extraordinaire, c'eût été qu'il n'en fût pas ainsi. Est-il donc, en effet, un milieu mieux disposé qu'une

sombre et profonde houillère pour les ébats des génies, des lutins, des follets et autres acteurs des drames

fantastiques ? Le décor était tout dressé, pourquoi les personnages surnaturels n'y seraient pas venus

jouer leur rôle ?

Ainsi raisonnaient Jack Ryan et ses camarades des houillères d'Aberfoyle. On a dit que les différentes
fosses communiquaient entre elles par les longues galeries souterraines, ménagées entre les filons. Il

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