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Jules Verne - Les Index Noires

renfermer une mystification. Il connaissait, de longue date, Simon Ford, l'un des anciens contremaîtres
des mines d'Aberfoyle, dont lui, James Starr, avait été, pendant vingt ans, le directeur, - ce que, dans les

houillères anglaises, on appelle le « viewer ».

James Starr était un homme solidement constitué, auquel ses cinquante-cinq ans ne pesaient pas plus que
s'il n'en eût porté que quarante. Il appartenait à une vieille famille d'Édimbourg, dont il était l'un des

membres les plus distingués. Ses travaux honoraient la respectable corporation de ces ingénieurs qui

dévorent peu à peu le sous-sol carbonifère du Royaume-Uni, aussi bien à Cardiff, à Newcastle que dans

les bas comtés de l'Écosse. Toutefois, c'était plus particulièrement au fond de ces mystérieuses houillères

d'Aberfoyle, qui confinent aux mines d'Alloa et occupent une partie du comté de Stirling, que le nom de

Starr avait conquis l'estime générale. Là s'était écoulée presque toute son existence. En outre, James Starr

faisait partie de la Société des antiquaires écossais, dont il avait été nommé président. Il comptait aussi

parmi les membres les plus actifs de « Royal Institution », et la Revue d'Édimbourg publiait

fréquemment de remarquables articles signés de lui. C'était, on le voit, un de ces savants pratiques

auxquels est due la prospérité de l'Angleterre. Il tenait un haut rang dans cette vieille capitale de l'Écosse,

qui, non seulement au point de vue physique, mais encore au point de vue moral, a pu mériter le nom d'«

Athènes du Nord ».

On sait que les Anglais ont donné à l'ensemble de leurs vastes houillères un nom très significatif. Ils les
appellent très justement les « Indes noires », et ces Indes ont peut-être plus contribué que les Indes

orientales à accroître la surprenante richesse du Royaume-Uni. Là, en effet, tout un peuple de mineurs

travaille, nuit et jour, à extraire du sous-sol britannique le charbon, ce précieux combustible,

indispensable élément de la vie industrielle.

A cette époque, la limite de temps, assignée par les hommes spéciaux à l'épuisement des houillères, était
fort reculée, et la disette n'était pas à craindre à court délai. Il y avait encore à exploiter largement les

gisements carbonifères des deux mondes. Les fabriques, appropriées à tant d'usages divers, les

locomotives, les locomobiles, les steamers, les usines à gaz, etc., n'étaient pas près de manquer du

combustible minéral. Seulement, la consommation s'était tellement accrue pendant ces dernières années,

que certaines couches avaient été épuisées jusque dans leurs plus maigres filons. Abandonnées

maintenant, ces mines trouaient et sillonnaient inutilement le sol de leurs puits délaissés et de leurs

galeries désertes.

Tel était, précisément, le cas des houillères d'Aberfoyle.

Dix ans auparavant, la dernière benne avait enlevé la dernière tonne de houille de ce gisement. Le
matériel du « fond [1*] », machines destinées à la traction mécanique sur les rails des galeries, berlines

formant les trains subterranés, tramways souterrains, cages desservant les puits d'extraction, tuyaux dont

l'air comprimé actionnait des perforatrices, - en un mot, tout ce qui constituait l'outillage d'exploitation

avait été retiré des profondeurs des fosses et abandonné à la surface du sol. La houillère, épuisée, était

comme le cadavre d'un mastodonte de grandeur fantastique, auquel on a enlevé les divers organes de la

vie et laissé seulement l'ossature.

De ce matériel, il n'était resté que de longues échelles de bois, desservant les profondeurs de la houillère
par le puits Yarow le seul qui donnât maintenant accès aux galeries inférieures de la fosse Dochart,

depuis la cessation des travaux.

A l'extérieur, les bâtiments, abritant autrefois aux travaux du « jour », indiquaient encore la place où

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