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Jules Verne - Les Index Noires

- Je penserais, répondit Madge, que cet homme est un lâche, et, s'il était mon fils, je le renierais, je le
maudirais !

- Nell, tu as entendu notre mère, reprit Harry. Où que tu ailles, je te suivrai. Si tu persistes à partir, nous
partirons ensemble...

- Harry ! Harry ! » s'écria Nell.

Mais l'émotion était trop forte. On vit blêmir les lèvres de la jeune fille, et elle tomba dans les bras de
Madge, qui pria l'ingénieur, Simon et Harry de la laisser seule avec elle.

XXI. Le mariage de Nell

On se sépara, mais il fut d'abord convenu que les hôtes du cottage seraient plus que jamais sur leurs
gardes. La menace du vieux Silfax était trop directe pour qu'il n'en fût pas tenu compte. C'était à se

demander si l'ancien pénitent ne disposait pas de quelque moyen terrible qui pouvait anéantir toute

l'Aberfoyle.

Des gardiens armés furent donc postés aux diverses issues de la houillère, avec ordre de veiller jour et
nuit. Tout étranger à la mine dut être amené devant James Starr, afin qu'il pût constater son identité. On

ne craignit pas de mettre les habitants de Coal-city au courant des menaces dont la colonie souterraine

était l'objet. Silfax n'ayant aucune intelligence dans la place, il n'y avait nulle trahison à craindre. On fit

connaître à Nell toutes les mesures de sûreté qui venaient d'être prises, et, sans qu'elle fût rassurée

complètement, elle retrouva quelque tranquillité. Mais la résolution d'Harry de la suivre partout où elle

irait, avait plus que tout contribué à lui arracher la promesse de ne pas s'enfuir.

Pendant la semaine qui précéda le mariage de Nell et d'Harry, aucun incident ne troubla la
Nouvelle-Aberfoyle. Aussi les mineurs, sans se départir de la surveillance organisée, revinrent-ils de

cette panique, qui avait failli compromettre l'exploitation.

Cependant James Starr continuait à faire rechercher le vieux Silfax. Le vindicatif vieillard ayant déclaré
que Nell n'épouserait jamais Harry, on devait admettre qu'il ne reculerait devant rien pour empêcher ce

mariage. Le mieux aurait été de s'emparer de sa personne, tout en respectant sa vie. L'exploration de la

Nouvelle-Aberfoyle fut donc minutieusement recommencée. On fouilla les galeries jusque dans les

étages supérieurs qui affleuraient les ruines de Dundonald-Castle, à Irvine. On supposait avec raison que

c'était par le vieux château que Silfax communiquait avec l'extérieur et qu'il s'approvisionnait des choses

nécessaires à sa misérable existence, soit en achetant, soit en maraudant. Quant aux « Dames de feu »,

James Starr eut la pensée que quelque jet de grisou, qui se produisait dans cette partie de la houillère,

avait pu être allumé par Silfax et produire ce phénomène. Il ne se trompait pas. Mais les recherches

furent vaines.

James Starr, pendant cette lutte de tous les instants contre un être insaisissable, fut, sans en rien faire voir,
le plus malheureux des hommes. A mesure que s'approchait le jour du mariage, ses craintes

s'accroissaient, et il avait cru devoir, par exception, en faire part au vieil overman, qui devint bientôt plus

inquiet que lui.

Enfin le jour arriva.

Silfax n'avait pas donné signe de vie.

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