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Jules Verne - Les Enfants du Capitaine Grant

armadillo», sorte de tatou couvert d'une carapace à pièces osseuses et mobiles, qui mesurait un pied et
demi de long. Quant à Thalcave, il donna à ses compagnons le spectacle d'une chasse au «nandou»,

espèce d'autruche particulière à la pampa, et dont la rapidité est merveilleuse.

L'indien ne chercha pas à ruser avec un animal si prompt à la course; il poussa Thaouka au galop, droit à
lui, de manière à l'atteindre aussitôt, car, la première attaque manquée, le nandou eût bientôt fatigué

cheval et chasseur dans l'inextricable lacet de ses détours. Thalcave, arrivé à bonne distance, lança ses

bolas d'une main vigoureuse, et si adroitement, qu'elles s'enroulèrent autour des jambes de l'autruche et

paralysèrent ses efforts. En quelques secondes, elle gisait à terre.

On rapporta donc à la ramada, le chapelet de bartavelles, l'autruche de Thalcave, le pécari de
Glenarvan et le tatou de Robert. L'autruche et le pécari furent préparés aussitôt, c'est-à- dire dépouillés de

leur peau coriace et coupés en tranches minces. Quant au tatou, c'est un animal précieux, qui porte sa

rôtissoire avec lui, et on le plaça dans sa propre carapace sur des charbons ardents.

Les trois chasseurs se contentèrent, pour le souper, de dévorer les bartavelles, et ils gardèrent à leurs amis
les pièces de résistance.

Les chevaux n'avaient pas été oubliés. Une grande quantité de fourrage sec, amassé dans la
ramada
, leur servit à la fois de nourriture et de litière.

Quand tout fut préparé, Glenarvan, Robert et l'indien s'enveloppèrent de leur poncho, et
s'étendirent sur un édredon d'alfafares, le lit habituel des chasseurs pampéens.

Chapitre XIX. Les loups rouges

La nuit vint. Une nuit de nouvelle lune, pendant laquelle l'astre des nuits devait rester invisible à tous les
habitants de la terre. L'indécise clarté des étoiles éclairait seule la plaine. À l'horizon, les constellations

zodiacales s'éteignaient dans une brume plus foncée. Les eaux de la Guamini coulaient sans murmurer

comme une longue nappe d'huile qui glisse sur un plan de marbre. Oiseaux, quadrupèdes et reptiles se

reposaient des fatigues du jour, et un silence de désert s'étendait sur l'immense territoire des pampas.

Glenarvan, Robert et Thalcave avaient subi la loi commune. Allongés sur l'épaisse couche de luzerne, ils
dormaient d'un profond sommeil. Les chevaux, accablés de lassitude, s'étaient couchés à terre; seul,

Thaouka, en vrai cheval de sang, dormait debout, les quatre jambes posées d'aplomb, fier au repos

comme à l'action, et prêt à s'élancer au moindre signe de son maître. Un calme complet régnait à

l'intérieur de l'enceinte, et les charbons du foyer nocturne, s'éteignant peu à peu, jetaient leurs dernières

lueurs dans la silencieuse obscurité.

Cependant, vers dix heures environ, après un assez court sommeil, l'indien se réveilla. Ses yeux devinrent
fixes sous ses sourcils abaissés, et son oreille se tendit vers la plaine. Il cherchait évidemment à

surprendre quelque son imperceptible.

Bientôt une vague inquiétude apparut sur sa figure, si impassible qu'elle fût d'habitude.

Avait-il senti l'approche d'indiens rôdeurs, ou la venue des jaguars, des tigres d'eau et autres bêtes
redoutables, qui ne sont pas rares dans le voisinage des rivières? Cette dernière hypothèse, sans doute, lui

parut plausible, car il jeta un rapide regard sur les matières combustibles entassées dans l'enceinte, et son

inquiétude s'accrut encore.

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