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Jules Verne - Les Enfants du Capitaine Grant

- Le Port-Famine, s'écria le français, assailli de toutes parts, ce port célèbre dans les fastes
géographiques!

- Considérez aussi, Monsieur Paganel, reprit lady Helena, que, dans cette entreprise, vous aurez le droit
d'associer le nom de la France à celui de l'écosse.

- Oui, sans doute!

- Un géographe peut servir utilement notre expédition, et quoi de plus beau que de mettre la science au
service de l'humanité?

- Voilà qui est bien dit, madame!

- Croyez-moi. Laissez faire le hasard, ou plutôt la providence. Imitez-nous. Elle nous a envoyé ce
document, nous sommes partis. Elle vous jette à bord du Duncan, ne le quittez plus.

- Voulez-vous que je vous le dise, mes braves amis? reprit alors Paganel; eh bien, vous avez grande envie
que je reste!

- Et vous, Paganel, vous mourez d'envie de rester, repartit Glenarvan.

- Parbleu! s'écria le savant géographe, mais je craignais d'être indiscret!»

Chapitre IX. Le détroit de Magellan

La joie fut générale à bord, quand on connut la résolution de Paganel. Le jeune Robert lui sauta au cou
avec une vivacité fort démonstrative. Le digne secrétaire faillit tomber à la renverse.

«Un rude petit bonhomme, dit-il, je lui apprendrai la géographie.»

Or, comme John Mangles se chargeait d'en faire un marin, Glenarvan un homme de coeur, le major un
garçon de sang-froid, lady Helena un être bon et généreux, Mary Grant un élève reconnaissant envers de

pareils maîtres, Robert devait évidemment devenir un jour un gentleman accompli.

Le Duncan termina rapidement son chargement de charbon, puis, quittant ces tristes parages, il
gagna vers l'ouest le courant de la côte du Brésil, et, le 7 septembre, après avoir franchi l'équateur sous

une belle brise du nord, il entra dans l'hémisphère austral.

La traversée se faisait donc sans peine. Chacun avait bon espoir. Dans cette expédition à la recherche du
capitaine Grant, la somme des probabilités semblait s'accroître chaque jour.

L'un des plus confiants du bord, c'était le capitaine. Mais sa confiance venait surtout du désir qui le tenait
si fort au coeur de voir miss Mary heureuse et consolée. Il s'était pris d'un intérêt tout particulier pour

cette jeune fille; et ce sentiment, il le cacha si bien, que, sauf Mary Grant et lui, tout le monde s'en

aperçut à bord du Duncan.

Quant au savant géographe, c'était probablement l'homme le plus heureux de l'hémisphère austral; il
passait ses journées à étudier les cartes dont il couvrait la table du carré; de là des discussions

quotidiennes avec Mr Olbinett, qui ne pouvait mettre le couvert. Mais Paganel avait pour lui tous les

hôtes de la dunette, sauf le major, que les questions géographiques laissaient fort indifférent, surtout à

l'heure du dîner. De plus, ayant découvert toute une cargaison de livres fort dépareillés dans les coffres

du second, et parmi eux un certain nombre d'ouvrages espagnols, Paganel résolut d'apprendre la langue

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