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Jules Verne - Les Enfants du Capitaine Grant

- Eh bien, Monsieur Paganel, dit Glenarvan, il sera fait suivant votre désir, et pour mon compte, je suis
heureux de pouvoir vous offrir pendant quelques jours l'hospitalité à mon bord. Puissiez- vous ne pas

trop vous ennuyer dans notre compagnie!

- Oh! Mylord, s'écria le savant, je suis encore trop heureux de m'être trompé d'une si agréable
façon! Néanmoins, c'est une situation fort ridicule que celle d'un homme qui s'embarque pour les Indes et

fait voile pour l'Amérique!»

Malgré cette réflexion mélancolique, Paganel prit son parti d'un retard qu'il ne pouvait empêcher.

Il se montra aimable, gai et même distrait; il enchanta les dames par sa bonne humeur; avant la fin de la
journée, il était l'ami de tout le monde. Sur sa demande, le fameux document lui fut communiqué. Il

l'étudia avec soin, longuement, minutieusement. Aucune autre interprétation ne lui parut possible. Mary

Grant et son frère lui inspirèrent le plus vif intérêt.

Il leur donna bon espoir. Sa façon d'entrevoir les événements et le succès indiscutable qu'il prédit au
Duncan
arrachèrent un sourire à la jeune fille. Vraiment, sans sa mission, il se serait lancé à la
recherche du capitaine Grant!

En ce qui concerne lady Helena, quand il apprit qu'elle était fille de William Tuffnel, ce fut une explosion
d'interjections admiratives. Il avait connu son père. Quel savant audacieux! Que de lettres ils

échangèrent, quand William Tuffnel fut membre correspondant de la société! C'était lui, lui-même, qui

l'avait présenté avec M Malte-Brun! Quelle rencontre, et quel plaisir de voyager avec la fille de William

Tuffnel!

Finalement, il demanda à lady Helena la permission de l'embrasser. À quoi consentit lady Glenarvan
quoique de fût peut-être un peu «improper.»

Chapitre VIII. Un brave homme de plus à bord du «Duncan»

Cependant le yacht, favorisé par les courants du nord de l'Afrique, marchait rapidement vers l'équateur.
Le 30 août, on eut connaissance du groupe de Madère. Glenarvan, fidèle à sa promesse, offrit à son

nouvel hôte de relâcher pour le mettre à terre.

«Mon cher lord, répondit Paganel, je ne ferai point de cérémonies avec vous. Avant mon arrivée à bord,
aviez-vous l'intention de vous arrêter à Madère?

- Non, dit Glenarvan.

- Eh bien, permettez-moi de mettre à profit les conséquences de ma malencontreuse distraction. Madère
est une île trop connue. Elle n'offre plus rien d'intéressant à un géographe. On a tout dit, tout écrit sur ce

groupe, qui est, d'ailleurs, en pleine décadence au point de vue de la viticulture. Imaginez-vous qu'il n'y a

plus de vignes à Madère! La récolte de vin qui, en 1813, s'élevait à vingt-deux mille pipes, est tombée, en

1845, à deux mille six cent soixante-neuf. Aujourd'hui, elle ne va pas à cinq cents! C'est un affligeant

spectacle. Si donc il vous est indifférent de relâcher aux Canaries?...

- Relâchons aux Canaries, répondit Glenarvan. Cela ne nous écarte pas de notre route.

- Je le sais, mon cher lord. Aux Canaries, voyez-vous, il y a trois groupes à étudier, sans parler du pic de
Ténériffe, que j'ai toujours désiré voir. C'est une occasion. J'en profite, et, en attendant le passage d'un

navire qui me ramène en Europe, je ferai l'ascension de cette montagne célèbre.

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