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Jules Verne - Les Enfants du Capitaine Grant

s'occupaient des derniers préparatifs.

À minuit, les feux furent allumés; le capitaine donna l'ordre de les pousser activement, et bientôt des
torrents de fumée noire se mêlèrent aux brumes de la nuit. Les voiles du Duncan avaient été

soigneusement renfermées dans l'étui de toile qui servait à les garantir des souillures du charbon, car le

vent soufflait du sud- ouest et ne pouvait favoriser la marche du navire.

À deux heures, le Duncan commença à frémir sous la trépidation de ses chaudières; le
manomètre marqua une pression de quatre atmosphères; la vapeur réchauffée siffla par les soupapes; la

marée était étale; le jour permettait déjà de reconnaître les passes de la Clyde entre les balises et les

biggings
dont les fanaux s'effaçaient peu à peu devant l'aube naissante. Il n'y avait plus qu'à partir.

John Mangles fit prévenir lord Glenarvan, qui monta aussitôt sur le pont.

Bientôt le jusant se fit sentir; le Duncan lança dans les airs de vigoureux coups de sifflet, largua
ses amarres, et se dégagea des navires environnants; l'hélice fut mise en mouvement et poussa le yacht

dans le chenal de la rivière.

John n'avait pas pris de pilote; il connaissait admirablement les passes de la Clyde, et nul pratique n'eût
mieux manoeuvré à son bord. Le yacht évoluait sur un signe de lui: de la main droite il commandait à la

machine; de la main gauche, au gouvernail, silencieusement et sûrement. Bientôt les dernières usines

firent place aux villas élevées çà et là sur les collines riveraines, et les bruits de la ville s'éteignirent dans

l'éloignement.

Une heure après le Duncan rasa les rochers de Dumbarton; deux heures plus tard, il était dans le
golfe de la Clyde; à six heures du matin, il doublait le mull de Cantyre, sortait du canal du nord,

et voguait en plein océan.

Chapitre VI. Le passager de la cabine numéro six

Pendant cette première journée de navigation, la mer fut assez houleuse, et le vent fraîchit vers le soir;
le Duncan était fort secoué; aussi les dames ne parurent-elles pas sur la dunette; elles restèrent

couchées dans leurs cabines, et firent bien.

Mais le lendemain le vent tourna d'un point; le capitaine John établit la misaine, la brigantine et le petit
hunier; le Duncan, mieux appuyé sur les flots, fut moins sensible aux mouvements de roulis et de

tangage. Lady Helena et Mary Grant purent dès l'aube rejoindre sur le pont lord Glenarvan, le major et le

capitaine. Le lever du soleil fut magnifique. L'astre du jour, semblable à un disque de métal doré par les

procédés Ruolz, sortait de l'océan comme d'un immense bain voltaïque.

Le Duncan glissait au milieu d'une irradiation splendide, et l'on eût vraiment dit que ses voiles se
tendaient sous l'effort des rayons du soleil.

Les hôtes du yacht assistaient dans une silencieuse contemplation à cette apparition de l'astre radieux.

«Quel admirable spectacle! dit enfin lady Helena. Voilà le début d'une belle journée. Puisse le vent ne
point se montrer contraire et favoriser la marche du Duncan.

- Il serait impossible d'en désirer un meilleur, ma chère Helena, répondit lord Glenarvan, et nous n'avons
pas à nous plaindre de ce commencement de voyage.

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