bibliotheq.net - littérature française
 

Jules Verne - Les Enfants du Capitaine Grant

Mais, avant de partir, il avait confié à un agent plus rapide une note importance, et le télégraphe
électrique, quelques minutes après, apportait au Times et au Morning-Chronicle un avis

rédigé en ces termes:

«Pour renseignements sur le sort du trois-mâts «_Britannia, de Glasgow, capitaine Grant», s'adresser à
lord Glenarvan, Malcolm-Castle, «Luss, comté de Dumbarton, écosse.»

Chapitre III. Malcolm-Castle

Le château de Malcolm, l'un des plus poétiques des Highlands, est situé auprès du village de Luss, dont il
domine le joli vallon. Les eaux limpides du lac Lomond baignent le granit de ses murailles.

Depuis un temps immémorial il appartenait à la famille Glenarvan, qui conserva dans le pays de
Rob-Roy et de Fergus Mac Gregor les usages hospitaliers des vieux héros de Walter Scott. À l'époque où

s'accomplit la révolution sociale en écosse, grand nombre de vassaux furent chassés, qui ne pouvaient

payer de gros fermages aux anciens chefs de clans.

Les uns moururent de faim; ceux-ci se firent pêcheurs; d'autres émigrèrent. C'était un désespoir général.
Seuls entre tous, les Glenarvan crurent que la fidélité liait les grands comme les petits, et ils demeurèrent

fidèles à leurs tenanciers. Pas un ne quitta le toit qui l'avait vu naître; nul n'abandonna la terre où

reposaient ses ancêtres; tous restèrent au clan de leurs anciens seigneurs. Aussi, à cette époque même,

dans ce siècle de désaffection et de désunion, la famille Glenarvan ne comptait que des écossais au

château de Malcolm comme à bord du Duncan; tous descendaient des vassaux de Mac Gregor, de

Mac Farlane, de Mac Nabbs, de Mac Naughtons, c'est-à-dire qu'ils étaient enfants des comtés de Stirling

et de Dumbarton: braves gens, dévoués corps et âme à leur maître, et dont quelques-uns parlaient encore

le gaélique de la vieille Calédonie.

Lord Glenarvan possédait une fortune immense; il l'employait à faire beaucoup de bien; sa bonté
l'emportait encore sur sa générosité, car l'une était infinie, si l'autre avait forcément des bornes. Le

seigneur de Luss, «le laird» de Malcolm, représentait son comté à la chambre des lords. Mais, avec ses

idées jacobites, peu soucieux de plaire à la maison de Hanovre, il était assez mal vu des hommes d'état

d'Angleterre, et surtout par ce motif qu'il s'en tenait aux traditions de ses aïeux et résistait énergiquement

aux empiétements politiques de «ceux du sud.»

Ce n'était pourtant pas un homme arriéré que lord Edward Glenarvan, ni de petit esprit, ni de mince
intelligence; mais, tout en tenant les portes de son comté largement ouvertes au progrès, il restait écossais

dans l'âme, et c'était pour la gloire de l'écosse qu'il allait lutter avec ses yachts de course dans les

«matches» du royal-thames-yacht-club.

Edward Glenarvan avait trente-deux ans; sa taille était grande, ses traits un peu sévères, son regard d'une
douceur infinie, sa personne toute empreinte de la poésie highlandaise. On le savait brave à l'excès,

entreprenant, chevaleresque, un Fergus du XIXe siècle, mais bon par-dessus toute chose, meilleur que

saint Martin lui-même, car il eût donné son manteau tout entier aux pauvres gens des hautes terres.

Lord Glenarvan était marié depuis trois mois à peine; il avait épousé miss Helena Tuffnel, la fille du
grand voyageur William Tuffnel, l'une des nombreuses victimes de la science géographique et de la

passion des découvertes.

Miss Helena n'appartenait pas à une famille noble, mais elle était écossaise, ce qui valait toutes les
noblesses aux yeux de lord Glenarvan; de cette jeune personne charmante, courageuse, dévouée, le

< page précédente | 12 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.