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Jules Verne - Les Enfants du Capitaine Grant

l'Atlantique, en aurait été certainement informé. Un événement de cette nature ne pouvait échapper à
l'attention des indigènes qui font un commerce suivi de Tandil à Carmen, à l'embouchure de rio

Negro. Or, entre trafiquants de la plaine argentine, tout se sait, et tout se dit. Il n'y avait donc plus qu'un

parti à prendre: rejoindre, et sans tarder, le Duncan, au rendez-vous assigné de la pointe Medano.

Cependant, Paganel avait demandé à Glenarvan le document sur la foi duquel leurs recherches s'étaient si
malheureusement égarées. Il le relisait avec une colère peu dissimulée. Il cherchait à lui arracher une

interprétation nouvelle.

«Ce document est pourtant bien clair! répétait Glenarvan. Il s'explique de la manière la plus catégorique
sur le naufrage du capitaine et sur le lieu de sa captivité!

- Eh bien, non! répondit le géographe en frappant la table du poing, cent fois non! Puisque Harry Grant
n'est pas dans les pampas, il n'est pas en Amérique. Or, où il est, ce document doit le dire, et il le dira,

mes amis, ou je ne suis plus Jacques Paganel!»

Chapitre XXII. La crue

Une distance de cent cinquante milles sépare le fort indépendance des rivages de l'Atlantique.

À moins de retards imprévus, et certainement improbables, Glenarvan, en quatre jours, devait avoir
rejoint le Duncan. Mais revenir à bord sans le capitaine Grant, après avoir si complètement

échoué dans ses recherches, il ne pouvait se faire à cette idée. Aussi, le lendemain, ne songea-t-il pas à

donner ses ordres pour le départ. Ce fut le major qui prit sur lui de faire seller les chevaux, de renouveler

les provisions, et d'établir les relèvements de route. Grâce à son activité, la petite troupe, à huit heures du

matin, descendait les croupes gazonnées de la sierra Tandil.

Glenarvan, Robert à ses côtés, galopait sans mot dire; son caractère audacieux et résolu ne lui permettait
pas d'accepter cet insuccès d'une âme tranquille; son coeur battait à se rompre, et sa tête était en feu.

Paganel, agacé par la difficulté, retournait de toutes les façons les mots du document pour en tirer un

enseignement nouveau.

Thalcave, muet, laissait à Thaouka le soin de le conduire. Le major, toujours confiant, demeurait solide
au poste, comme un homme sur lequel le découragement ne saurait avoir de prise. Tom Austin et ses

deux matelots partageaient l'ennui de leur maître. À un moment où un timide lapin traversa devant eux

les sentiers de la sierra, les superstitieux écossais se regardèrent.

«Un mauvais présage, dit Wilson.

- Oui, dans les Highlands, répondit Mulrady.

- Ce qui est mauvais dans les Highlands n'est pas meilleur ici», répliqua sentencieusement Wilson.

Vers midi, les voyageurs avaient franchi la sierra Tandil et retrouvaient les plaines largement ondulées
qui s'étendent jusqu'à la mer. À chaque pas, des rio_s limpides arrosaient cette fertile contrée et

allaient se perdre au milieu de hauts pâturages. Le sol reprenait son horizontalité normale, comme l'océan

après une tempête. Les dernières montagnes de la Pampasie argentine étaient passées, et la prairie

monotone offrait au pas des chevaux son long tapis de verdure.

Le temps jusqu'alors avait été beau. Mais le ciel, ce jour-là, prit un aspect peu rassurant. Les masses de
vapeurs, engendrées par la haute température des journées précédentes et disposées par nuages épais,

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