bibliotheq.net - littérature française
 

Jules Verne - Les Enfants du Capitaine Grant

voulait courir à la recherche de Robert; mais l'indien l'arrêta; il lui fit comprendre que les chevaux ne
pouvaient le rejoindre, que Thaouka avait dû distancer ses ennemis, qu'on ne pourrait le retrouver dans

les ténèbres, et qu'il fallait attendre le jour pour s'élancer sur les traces de Robert.

À quatre heures du matin, l'aube commença à poindre.

Le moment de partir était arrivé.

«En route», dit l'indien.

Glenarvan ne répondit pas, mais il sauta sur le cheval de Robert. Bientôt les deux cavaliers galopaient
vers l'ouest, remontant la ligne droite dont leurs compagnons ne devaient pas s'écarter. Pendant une

heure, ils allèrent ainsi à une vitesse prodigieuse, cherchant Robert des yeux, craignant à chaque pas de

rencontrer son cadavre ensanglanté. Glenarvan déchirait les flancs de son cheval sous l'éperon.

Enfin des coups de fusil se firent entendre, des détonations régulièrement espacées comme un signal de
reconnaissance.

«Ce sont eux», s'écria Glenarvan.

Thalcave et lui communiquèrent à leurs chevaux une allure plus rapide encore, et, quelques instants
après, ils rejoignirent le détachement conduit par Paganel. Un cri s'échappa de la poitrine de Glenarvan.

Robert était là, vivant, bien vivant, porté par le superbe Thaouka, qui hennit de plaisir en revoyant son

maître.

«Ah! Mon enfant! Mon enfant!» s'écria Glenarvan, avec une indicible expression de tendresse.

Et Robert et lui, mettant pied à terre, se précipitèrent dans les bras l'un de l'autre. Puis, ce fut au tour de
l'indien de serrer sur sa poitrine le courageux fils du capitaine Grant.

«Il vit! Il vit! s'écriait Glenarvan.

- Oui! répondit Robert, et grâce à Thaouka!»

L'indien n'avait pas attendu cette parole de reconnaissance pour remercier son cheval, et, en ce moment,
il lui parlait, il l'embrassait, comme si un sang humain eût coulé dans les veines du fier animal.

Puis, se retournant vers Paganel, il lui montra le jeune Robert:

«Un brave!» dit-il.

Cependant, Glenarvan disait à Robert en l'entourant de ses bras:

«Pourquoi, mon fils, pourquoi n'as-tu pas laissé Thalcave ou moi tenter cette dernière chance de te
sauver?

- Mylord, répondit l'enfant avec l'accent de la plus vive reconnaissance, n'était-ce pas à moi de
me dévouer? Thalcave m'a déjà sauvé la vie! Et vous, vous allez sauver mon père.»

Chapitre XX. Les plaines argentines

Après les premiers épanchements du retour, Paganel, Austin, Wilson, Mulrady, tous ceux qui étaient
restés en arrière, sauf peut-être le major Mac Nabbs, s'aperçurent d'une chose, c'est qu'ils mouraient de

< page précédente | 101 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.