bibliotheq.net - littérature française
 

Jules Verne - Les Cinq Cents Millions de la Bégum

Herr Schultze l'avait appelé au parc. Au salon de lecture, il revit les journaux et les livres familiers.

Toutes choses avaient gardé la physionomie d'un mouvement suspendu, d'une vie interrompue
brusquement.

Les deux jeunes gens arrivèrent à la limite intérieure du Bloc central et se trouvèrent bientôt au pied de la
muraille qui devait, dans la pensée de Marcel, les séparer du parc.

« Est-ce qu'il va falloir encore faire danser ces moellons-là ? lui demanda Octave.

- Peut-être... mais, pour entrer, nous pourrions d'abord chercher une porte qu'une simple fusée enverrait
en l'air. »

Tous deux se mirent à tourner autour du parc en longeant la muraille. De temps à autre, ils étaient obligés
de faire un détour, de doubler un corps de bâtiment qui s'en détachait comme un éperon, ou d'escalader

une grille. Mais ils ne la perdaient jamais de vue, et ils furent bientôt récompensés de leurs peines. Une

petite porte, basse et louche, qui interrompait le muraillement, leur apparut.

En deux minutes, Octave eut percé un trou de vrille à travers les planches de chêne. Marcel, appliquant
aussitôt son oeil à cette ouverture, reconnut, à sa vive satisfaction, que, de l'autre côté, s'étendait le parc

tropical avec sa verdure éternelle et sa température de printemps.

« Encore une porte à faire sauter, et nous voilà dans la place ! dit-il à son compagnon.

- Une fusée pour ce carré de bois, répondit Octave, ce serait trop d'honneur ! »

Et il commença d'attaquer la poterne à grands coups de pic.

Il l'avait à peine ébranlée, qu'on entendit une serrure intérieure grincer sous l'effort d'une clef, et deux
verrous glisser dans leurs gardes.

La porte s'entrouvrit, retenue en dedans par une grosse chaîne.

« Wer da ? » (Qui va là ?) dit une voix rauque.

XVII EXPLICATIONS A COUPS DE FUSIL

Les deux jeunes gens ne s'attendaient à rien moins qu'à une pareille question. Ils en furent plus surpris
véritablement qu'ils ne l'auraient été d'un coup de fusil.

De toutes les hypothèses que Marcel avait imaginées au sujet de cette ville en léthargie, la seule qui ne se
fût pas présentée à son esprit, était celle-ci : un être vivant lui demandant tranquillement compte de sa

visite. Son entreprise, presque légitime, si l'on admettait que Stahlstadt fût complètement déserte, revêtait

une tout autre physionomie, du moment où la cité possédait encore des habitants. Ce qui n'était, dans le

premier cas, qu'une sorte d'enquête archéologique, devenait, dans le second, une attaque à main armée

avec effraction.

Toutes ces idées se présentèrent à l'esprit de Marcel avec tant de force, qu'il resta d'abord comme frappé
de mutisme.

« Wer da ? » répéta la voix, avec un peu d'impatience.

< page précédente | 86 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.