bibliotheq.net - littérature française
 

Jules Verne - Les Cinq Cents Millions de la Bégum

ne peut plus "tomber" ! Son mouvement de translation, combiné avec l'attraction terrestre, en fait un
mobile destiné à toujours circuler autour de notre globe.

« Vous auriez dû ne pas l'ignorer.

« J'espère, en outre, que le canon de la Tour du Taureau est absolument détérioré par ce premier essai ;
mais ce n'est pas payer trop cher, deux cent mille dollars, l'agrément d'avoir doté le monde planétaire

d'un nouvel astre, et la Terre d'un second satellite.

« Marcel BRUCKMANN. »

Un exprès partit immédiatement de France-Ville pour Stahlstadt. On pardonnera à Marcel de n'avoir pu
se refuser la satisfaction gouailleuse de faire parvenir sans délai cette lettre à Herr Schultze.

Marcel avait en effet raison lorsqu'il disait que le fameux obus, animé de cette vitesse et circulant au-delà
de la couche atmosphérique, ne tomberait plus sur la surface de la terre, - raison aussi quant il espérait

que, sous cette énorme charge de pyroxyle, le canon de la Tour du Taureau devait être hors d'usage.

Ce fut une rude déconvenue pour Herr Schultze, un échec terrible à son indomptable amour-propre, que
la réception de cette lettre. En la lisant, il devint livide, et, après l'avoir lue, sa tête tomba sur sa poitrine

comme s'il avait reçu un coup de massue. Il ne sortit de cet état de prostration qu'au bout d'un quart

d'heure, mais par quelle colère !

Arminius et Sigimer seuls auraient pu dire ce qu'en furent les éclats !

Cependant, Herr Schultze n'était pas homme à s'avouer vaincu. C'est une lutte sans merci qui allait
s'engager entre lui et Marcel. Ne lui restait-il pas ses obus chargés d'acide carbonique liquide, que des

canons moins puissants, mais plus pratiques, pourraient lancer à courte distance ?

Apaisé par un effort soudain, le Roi de l'Acier était rentré dans son cabinet et avait repris son travail.

Il était clair que France-Ville, plus menacée que jamais, ne devait rien négliger pour se mettre en état de
défense.

XIV BRANLE-BAS DE COMBAT

Si le danger n'était plus imminent, il était toujours grave. Marcel fit connaître au docteur Sarrasin et à ses
amis tout ce qu'il savait des préparatifs de Herr Schultze et de ses engins de destruction. Dès le

lendemain, le Conseil de défense, auquel il prit part, s'occupa de discuter un plan de résistance et d'en

préparer l'exécution.

En tout ceci, Marcel fut bien secondé par Octave, qu'il trouva moralement changé et bien à son avantage.

Quelles furent les résolutions prises ? Personne n'en sut le détail. Les principes généraux furent seuls
systématiquement communiqués à la presse et répandus dans le public. Il n'était pas malaisé d'y

reconnaître la main pratique de Marcel.

« Dans toute défense, se disait-on par la ville, la grande affaire est de bien connaître les forces de
l'ennemi et d'adapter le système de résistance à ces forces mêmes. Sans doute, les canons de Herr

Schultze sont formidables. Mieux vaut pourtant avoir en face de soi ces canons, dont on sait le nombre,

le calibre, la portée et les effets, que d'avoir à lutter contre des engins mal connus. »

< page précédente | 74 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.