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Jules Verne - Les Cinq Cents Millions de la Bégum

conservation.

La grille s'ouvrit. Le pêne était brisé, et le courant emporta l'infortuné Marcel, presque entièrement
suffoqué, et qui s'épuisait à aspirer les dernières molécules d'air du réservoir !

....

Le lendemain, lorsque les gens de Herr Schultze pénétrèrent dans l'édifice entièrement dévoré par
l'incendie, ils ne trouvèrent ni parmi les débris, ni dans les cendres chaudes, rien qui restât d'un être

humain. Il était donc certain que le courageux ouvrier avait été victime de son dévouement. Cela

n'étonnait pas ceux qui l'avaient connu dans les ateliers de l'usine.

Le modèle si précieux n'avait donc pas pu être sauvé, mais l'homme qui possédait les secrets du Roi de
l'Acier était mort.

« Le Ciel m'est témoin que je voulais lui épargner la souffrance, se dit tout bonnement Herr Schultze ! En
tout cas c'est une économie de dix mille dollars ! »

Et ce fut toute l'oraison funèbre du jeune Alsacien !

X UN ARTICLE DE L'UNSERE CENTURIE, REVUE ALLEMANDE

Un mois avant l'époque à laquelle se passaient les événements qui ont été racontés ci-dessus, une revue à
couverture saumon, intitulée Unsere Centurie (Notre Siècle), publiait l'article suivant au sujet de

France-Ville, article qui fut particulièrement goûté par les délicats de l'Empire germanique, peut-être

parce qu'il ne prétendait étudier cette cité qu'à un point de vue exclusivement matériel.

« Nous avons déjà entretenu nos lecteurs du phénomène extraordinaire qui s'est produit sur la côte
occidentale des Etats-Unis. La grande république américaine, grâce à la proportion considérable

d'émigrants que renferme sa population, a de longue date habitué le monde à une succession de surprises.

Mais la dernière et la plus singulière est véritablement celle d'une cité appelée France-Ville, dont l'idée

même n'existait pas il y a cinq ans, aujourd'hui florissante et subitement arrivée au plus haut degré de

prospérité.

« Cette merveilleuse cité s'est élevée comme par enchantement sur la rive embaumée du Pacifique. Nous
n'examinerons pas si, comme on l'assure, le plan primitif et l'idée première de cette entreprise

appartiennent à un Français, le docteur Sarrasin. La chose est possible, étant donné que ce médecin peut

se targuer d'une parenté éloignée avec notre illustre Roi de l'Acier. Même, soit dit en passant, on ajoute

que la captation d'un héritage considérable, qui revenait légitimement à Herr Schultze, n'a pas été

étrangère à la fondation de France-Ville. Partout où il se fait quelque bien dans le monde, on peut être

certain de trouver une semence germanique ; c'est une vérité que nous sommes fiers de constater à

l'occasion. Mais, quoi qu'il en soit, nous devons à nos lecteurs des détails précis et authentiques sur cette

végétation spontanée d'une cité modèle.

« Qu'on n'en cherche pas le nom sur la carte. Même le grand atlas en trois cent soixante-dix-huit volumes
in-folio de notre éminent Tuchtigmann, où sont indiqués avec une exactitude rigoureuse tous les buissons

et bouquets d'arbres de l'Ancien et du Nouveau Monde, même ce monument généreux de la science

géographique appliquée à l'art du tirailleur, ne porte pas encore la moindre trace de France- Ville. A la

place où s'élève maintenant la cité nouvelle s'étendait encore, il y a cinq ans, une lande déserte. C'est le

point exact indiqué sur la carte par le 43e degré 11' 3'' de latitude nord, et le 124e degré 41' 17" de

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