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Jules Verne - Les Cinq Cents Millions de la Bégum

la petite flamme. Elle s'éteignit aussitôt.

« J'en étais sûr... dit-il. Le gaz, étant plus lourd que l'air, se maintient au ras du sol... Il ne faut pas rester
ici - je parle de ceux qui n'ont pas d'appareils Galibert. Si vous voulez, maître, nous poursuivrons seuls la

recherche. »

Les choses ainsi convenues, Marcel et le contremaître prirent chacun entre leurs dents l'embouchure de
leur caisse à air, placèrent la pince sur leurs narines et s'enfoncèrent dans une succession de vieilles

galeries.

Un quart d'heure plus tard, ils en ressortaient pour renouveler l'air des réservoirs ; puis, cette opération
accomplie, ils repartaient.

A la troisième reprise, leurs efforts furent enfin couronnés de succès. Une petite lueur bleuâtre, celle
d'une lampe électrique, se montra au loin dans l'ombre. Ils y coururent...

Au pied de la muraille humide, gisait, immobile et déjà froid, le pauvre petit Carl. Ses lèvres bleues, sa
face injectée, son pouls muet, disaient, avec son attitude, ce qui s'était passé.

Il avait voulu ramasser quelque chose à terre, il s'était baissé et avait été littéralement noyé dans le gaz
acide carbonique.

Tous les efforts furent inutiles pour le rappeler à la vie. La mort remontait déjà à quatre ou cinq heures.
Le lendemain soir, il y avait une petite tombe de plus dans le cimetière neuf de Stahlstadt, et dame Bauer,

la pauvre femme, était veuve de son enfant comme elle l'était de son mari.

VII LE BLOC CENTRAL

Un rapport lumineux du docteur Echternach, médecin en chef de la section du puits Albrecht, avait établi
que la mort de Carl Bauer, nÊ 41902, âgé de treize ans, « trappeur » à la galerie 228, était due à

l'asphyxie résultant de l'absorption par les organes respiratoires d'une forte proportion d'acide carbonique.

Un autre rapport non moins lumineux de l'ingénieur Maulesmulhe avait exposé la nécessité de
comprendre dans un système d'aération la zone B du plan XIV, dont les galeries laissaient transpirer du

gaz délétère par une sorte de distillation lente et insensible.

Enfin, une note du même fonctionnaire signalait à l'autorité compétente le dévouement du contremaître
Rayer et du fondeur de première classe Johann Schwartz.

Huit à dix jours plus tard, le jeune ouvrier, en arrivant pour prendre son jeton de présence dans la loge du
concierge, trouva au clou un ordre imprimé à son adresse :

« Le nommé Schwartz se présentera aujourd'hui à dix heures au bureau du directeur général. Bloc
central, porte et route A. Tenue d'extérieur. »

« Enfin !... pensa Marcel. Ils y ont mis le temps, mais ils y viennent ! »

Il avait maintenant acquis, dans ses causeries avec ses camarades et dans ses promenades du dimanche
autour de Stahlstadt, une connaissance de l'organisation générale de la cité suffisante pour savoir que

l'autorisation de pénétrer dans le Bloc central ne courait pas les rues. De véritables légendes s'étaient

répandues à cet égard. On disait que des indiscrets, ayant voulu s'introduire par surprise dans cette

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