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Jules Verne - Le Château des Carpathes

Le baron de Gortz et Orfanik étaient déjà au fond du chevet. Franz ne les perdait pas du regard. Par
quelle issue allaient-ils sortir ? Serait-ce une porte donnant sur l'une des cours de l'enceinte, ou quelque

couloir intérieur qui devait raccorder la chapelle avec le donjon, car il semblait que toutes les

constructions du burg communiquaient entre elles ? Peu importait, si le jeune comte ne rencontrait pas un

obstacle qu'il ne pourrait franchir.

En ce moment, quelques paroles furent encore échangées entre le baron de Gortz et Orfanik.

« Il n'y a plus rien à faire ici ?

- Rien.

- Alors séparons-nous.

- Votre intention est toujours que je vous laisse seul dans le château ?...

- Oui, Orfanik, et partez à l'instant par le tunnel du col de Vulkan.

- Mais vous ?...

- Je ne quitterai le burg qu'au dernier instant.

- Il est bien convenu que c'est à Bistritz que je dois aller vous attendre ?

- A Bistritz.

- Restez donc, baron Rodolphe, et restez seul,

puisque c'est votre volonté.

- Oui... car je veux l'entendre... je veux l'entendre encore une fois pendant cette dernière nuit que j'aurai
passée au château des Carpathes ! »

Quelques instants encore et le baron de Gortz, avec Orfanik, avait quitté la chapelle.

Bien que le nom de Stilla n'eût pas été prononcé dans cette conversation, Frantz l'avait bien compris,
c'était d'elle que venait de parler Rodolphe de Gortz.

XVI

Le désastre était imminent. Franz ne pouvait le prévenir qu'en mettant le baron de Gortz hors d'état
d'exécuter son projet.

Il était alors onze heures du soir. Ne craignant plus d'être découvert, Franz reprit son travail. Les briques
de la paroi se détachaient assez facilement ; mais son épaisseur était telle qu'une demi-heure s'écoula

avant que l'ouverture fût assez large pour lui livrer passage.

Dès que Franz eut mis pied à l'intérieur de cette chapelle ouverte à tous les vents, il se sentit ranimé par
l'air du dehors. A travers les déchirures de la nef et l'embrasure des fenêtres, le ciel laissait voir de légers

nuages, chassés par la brise. Çà et là apparaissaient quelques étoiles que faisait pâlir l'éclat de la lune

montant sur l'horizon.

Il s'agissait de trouver la porte qui s'ouvrait au fond de la chapelle, et par laquelle le baron de Gortz et

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