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Jules Verne - Le Château des Carpathes

- Morte ! morte !... s'écrie-t-il, morte !... » La Stilla est morte... Un vaisseau s'est rompu dans sa poitrine...
Son chant s'est éteint avec son dernier soupir !

Le jeune comte fut rapporté à son hôtel, dans un tel état que l'on craignit pour sa raison. Il ne put assister
aux funérailles de la Stilla, qui furent célébrées au milieu d'un immense concours de la population

napolitaine.

Au cimetière du Campo Santo Nuovo, où la cantatrice fut inhumée, on ne lit que ce nom sur un
marbre blanc

STILLA

Le soir des funérailles, un homme vint au Campo Santo Nuovo. Là, les yeux hagards, la tête inclinée, les
lèvres serrées comme si elles eussent été déjà scellées par la mort, il regarda longtemps la place où la

Stilla était ensevelie. Il semblait prêter l'oreille, comme si la voix de la grande artiste allait une dernière

fois s'échapper de cette tombe...

C'était Rodolphe de Gortz.

La nuit même, le baron de Gortz, accompagné de Orfanik, quitta Naples, et, depuis son départ, personne
n'aurait pu dire ce qu'il était devenu.

Mais, le lendemain, une lettre arrivait à l'adresse du jeune comte.

Cette lettre ne contenait que ces mots d'un laconisme menaçant :

« C'est vous qui l'avez tuée !... Malheur à vous, comte de Télek !

« RUDOLPHE DE GORTZ. »

X

Telle avait été cette lamentable histoire.

Pendant un mois, l'existence de Franz de Télek fut en danger. Il ne reconnaissait personne - pas même
son soldat Rotzko. Au plus fort de la fièvre, un seul nom entrouvrait ses lèvres, prêtes à rendre leur

dernier souffle : c'était celui de la Stilla.

Le jeune comte échappa à la mort. L'habileté des médecins, les soins incessants de Rotzko, et aussi, la
jeunesse et la nature aidant, Franz de Télek fut sauvé. Sa raison sortit intacte de cet effroyable

ébranlement. Mais, lorsque le souvenir lui revint, lorsqu'il se rappela la tragique scène finale d'Orlando,

dans laquelle l'âme de l'artiste s'était brisée :

« Stilla !... ma Stilla ! » s'écriait-il, tandis que ses mains se tendaient comme pour l'applaudir encore. Dès
que son maître put quitter le lit, Rotzko obtint de lui qu'il fuirait cette ville maudite, qu'il se laisserait

transporter au château de Krajowa. Toutefois, avant d'abandonner Naples, le jeune comte voulut aller

prier sur la tombe de la morte, et lui donner un suprême, un éternel adieu.

Rotzko l'accompagna au Campo Santo Nuovo. Franz se jeta sur cette terre cruelle, il s'efforçait de la
creuser avec ses ongles, pour s'y ensevelir... Rotzko parvint à l'entraîner loin de la tombe, où gisait tout

son bonheur.

Quelques jours après, Franz de Télek, de retour à Krajowa, au fond du pays valaque, avait revu l'antique

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