bibliotheq.net - littérature française
 

Jules Verne - Le Château des Carpathes

appartenait le château des Carpathes ?

- A une ancienne famille du pays, la famille des barons de Gortz, répondit maître Koltz.

- La famille de Gortz ?... s'écria Franz de Télek.

- Elle-même !

- Cette famille dont était le baron Rodolphe ?...

- Oui, monsieur le comte.

- Et vous savez ce qu'il est devenu ?...

- Non. Voilà nombre d'années que le baron de Gortz n'a reparu au château. »

Franz de Télek avait pâli, et, machinalement, il répétait ce nom d'une voix altérée

« Rodolphe de Gortz ! »

IX

La famille des comtes de Télek, l'une des plus anciennes et des plus illustres de la Roumanie, y tenait
déjà un rang considérable avant que le pays eût conquis son indépendance vers le commencement du

XVIe siècle. Mêlée à toutes les péripéties politiques qui forment l'histoire de ces provinces, le nom de

cette famille s'y est inscrit glorieusement.

Actuellement, moins favorisée que ce fameux hêtre du château des Carpathes, auquel il restait encore
trois branches, la maison de Télek se voyait réduite à une seule, la branche des Télek de Krajowa, dont le

dernier rejeton était ce jeune gentilhomme qui -venait d'arriver au village de Werst.

Pendant son enfance, Franz n'avait jamais quitté le château patrimonial, où demeuraient le comte et la
comtesse de Télek. Les descendants de cette famille jouissaient d'une grande considération et ils faisaient

un généreux usage de leur fortune. Menant la vie large et facile de la noblesse des campagnes, c'est à

peine s'ils quittaient le domaine de Krajowa une fois l'an, lorsque leurs affaires les appelaient à la

bourgade de ce nom, bien qu'elle ne fût distante que de quelques milles.

Ce genre d'existence influa nécessairement sur l'éducation de leur fils unique, et Franz devait longtemps
se ressentir du milieu où s'était écoulée sa jeunesse. Il n'eut pour instituteur qu'un vieux prêtre italien, qui

ne put rien lui apprendre que ce qu'il savait, et il ne savait pas grand-chose. Aussi l'enfant, devenu jeune

homme, n'avait-il acquis que de très insuffisantes connaissances dans les sciences, les arts et la littérature

contemporaine. Chasser avec passion, courir nuit et jour à travers les forêts et les plaines, poursuivre

cerfs ou sangliers, attaquer, le couteau à la main, les fauves des montagnes, tels furent les passe-temps

ordinaires du jeune comte, lequel, étant très brave et très résolu, accomplit de véritables prouesses en ces

rudes exercices.

La comtesse de Télek mourut, quand son fils avait à peine quinze ans, et il n'en comptait pas vingt et un,
lorsque le comte périt dans un accident de chasse.

La douleur du jeune Franz fut extrême. Comme il avait pleuré sa mère, il pleura son père. L'un et l'autre
venaient de lui être enlevés en peu d'années. Toute sa tendresse, tout ce que son coeur renfermait

d'affectueux élans, s'était jusqu'alors concentré dans cet amour filial, qui peut suffire aux expansions du

< page précédente | 56 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.