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Jules Verne - L'Île mystérieuse

Il était quatre heures et demie alors. Les préparatifs du dîner exigeaient que les colons rentrassent à leur
demeure. La petite troupe revint donc sur ses pas, et, par la rive gauche de la Mercy, Cyrus Smith et ses

compagnons arrivèrent aux Cheminées.

Là, le feu fut allumé, et Nab et Pencroff, auxquels étaient naturellement dévolues les fonctions de
cuisiniers, l'un en sa qualité de nègre, l'autre en sa qualité de marin, préparèrent lestement des grillades

d'agoutis, auxquelles on fit largement honneur.

Le repas terminé, au moment où chacun allait se livrer au sommeil, Cyrus Smith tira de sa poche de
petits échantillons de minéraux d'espèces différentes, et se borna à dire:

«Mes amis, ceci est du minerai de fer, ceci une pyrite, ceci de l'argile, ceci de la chaux, ceci du charbon.
Voilà ce que nous donne la nature, et voilà sa part dans le travail commun! - à demain la nôtre!»

CHAPITRE XIII

«Eh bien, monsieur Cyrus, par où allons-nous commencer? demanda le lendemain matin Pencroff à
l'ingénieur.

- Par le commencement», répondit Cyrus Smith.

Et en effet, c'était bien par le «commencement» que ces colons allaient être forcés de débuter. Ils ne
possédaient même pas les outils nécessaires à faire les outils, et ils ne se trouvaient même pas dans les

conditions de la nature, qui», ayant le temps, économise l'effort.» Le temps leur manquait, puisqu'ils

devaient immédiatement subvenir aux besoins de leur existence, et si, profitant de l'expérience acquise,

ils n'avaient rien à inventer, du moins avaient-ils tout à fabriquer.

Leur fer, leur acier n'étaient encore qu'à l'état de minerai, leur poterie à l'état d'argile, leur linge et leurs
habits à l'état de matières textiles.

Il faut dire, d'ailleurs, que ces colons étaient des «hommes» dans la belle et puissante acception du mot.
L'ingénieur Smith ne pouvait être secondé par de plus intelligents compagnons, ni avec plus de

dévouement et de zèle. Il les avait interrogés. Il connaissait leurs aptitudes.

Gédéon Spilett, reporter de grand talent, ayant tout appris pour pouvoir parler de tout, devait contribuer
largement de la tête et de la main à la colonisation de l'île. Il ne reculerait devant aucune tâche, et,

chasseur passionné, il ferait un métier de ce qui, jusqu'alors, n'avait été pour lui qu'un plaisir.

Harbert, brave enfant, remarquablement instruit déjà dans les sciences naturelles, allait fournir un appoint
sérieux à la cause commune.

Nab, c'était le dévouement personnifié. Adroit, intelligent, infatigable, robuste, d'une santé de fer, il
s'entendait quelque peu au travail de la forge et ne pouvait qu'être très utile à la colonie.

Quant à Pencroff, il avait été marin sur tous les océans, charpentier dans les chantiers de construction de
Brooklyn, aide-tailleur sur les bâtiments de l'état, jardinier, cultivateur, pendant ses congés, etc., et

comme les gens de mer, propre à tout, il savait tout faire.

Il eût été véritablement difficile de réunir cinq hommes plus propres à lutter contre le sort, plus assurés
d'en triompher.

«Par le commencement», avait dit Cyrus Smith. Or, ce commencement dont parlait l'ingénieur, c'était la

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