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Jules Verne - L'Île mystérieuse

s'évasait le cratère, apparurent Fomalhaut du Poisson, le Triangle austral, et enfin, presque au pôle
antarctique du monde, cette étincelante Croix du Sud, qui remplace la Polaire de l'hémisphère boréal.

Il était près de huit heures, quand Cyrus Smith et Harbert mirent le pied sur la crête supérieure du mont,
au sommet du cône.

L'obscurité était complète alors, et ne permettait pas au regard de s'étendre sur un rayon de deux milles.
La mer entourait-elle cette terre inconnue, ou cette terre se rattachait-elle, dans l'ouest, à quelque

continent du Pacifique? On ne pouvait encore le reconnaître. Vers l'ouest, une bande nuageuse, nettement

dessinée à l'horizon, accroissait les ténèbres, et l'oeil ne savait découvrir si le ciel et l'eau s'y confondaient

sur une même ligne circulaire.

Mais, en un point de cet horizon, une vague lueur parut soudain, qui descendait lentement, à mesure que
le nuage montait vers le zénith.

C'était le croissant délié de la lune, déjà près de disparaître. Mais sa lumière suffit à dessiner nettement la
ligne horizontale, alors détachée du nuage, et l'ingénieur put voir son image tremblotante se refléter un

instant sur une surface liquide.

Cyrus Smith saisit la main du jeune garçon, et, d'une voix grave:

«Une île!» dit-il, au moment où le croissant lunaire s'éteignait dans les flots.

CHAPITRE XI

Une demi-heure plus tard, Cyrus Smith et Harbert étaient de retour au campement. L'ingénieur se bornait
à dire à ses compagnons que la terre sur laquelle le hasard les avait jetés était une île, et que, le

lendemain, on aviserait. Puis, chacun s'arrangea de son mieux pour dormir, et, dans ce trou de basalte, à

une hauteur de deux mille cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer, par une nuit paisible», les

insulaires» goûtèrent un repos profond.

Le lendemain, 30 mars, après un déjeuner sommaire, dont le tragopan rôti fit tous les frais, l'ingénieur
voulut remonter au sommet du volcan, afin d'observer avec attention l'île dans laquelle lui et les siens

étaient emprisonnés pour la vie, peut- être, si cette île était située à une grande distance de toute terre, ou

si elle ne se trouvait pas sur le chemin des navires qui visitent les archipels de l'océan Pacifique. Cette

fois, ses compagnons le suivirent dans cette nouvelle exploration. Eux aussi, ils voulaient voir cette île à

laquelle ils allaient demander de subvenir à tous leurs besoins.

Il devait être sept heures du matin environ, quand Cyrus Smith, Harbert, Pencroff, Gédéon Spilett et Nab
quittèrent le campement. Aucun ne paraissait inquiet de la situation qui lui était faite. Ils avaient foi en

eux, sans doute, mais il faut observer que le point d'appui de cette foi n'était pas le même chez Cyrus

Smith que chez ses compagnons.

L'ingénieur avait confiance, parce qu'il se sentait capable d'arracher à cette nature sauvage tout ce qui
serait nécessaire à la vie de ses compagnons et à la sienne, et ceux-ci ne redoutaient rien, précisément

parce que Cyrus Smith était avec eux. Cette nuance se comprendra. Pencroff surtout, depuis l'incident du

feu rallumé, n'aurait pas désespéré un instant, quand bien même il se fût trouvé sur un roc nu, si

l'ingénieur eût été avec lui sur ce roc.

«Bah! dit-il, nous sommes sortis de Richmond, sans la permission des autorités! Ce serait bien le diable

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