bibliotheq.net - littérature française
 

Jules Verne - L'Île mystérieuse

suivaient une grève très plate, bordée au large par une lisière de roches dont les têtes seulement
émergeaient alors, car on était au plein de la mer. Sur la gauche, la contrée, qu'accidentaient quelques

dunes hérissées de chardons, offrait l'aspect assez sauvage d'une vaste région sablonneuse. Le littoral

était peu découpé, et n'offrait d'autre barrière à l'Océan qu'une chaîne assez irrégulière de monticules. Çà

et là, un ou deux arbres grimaçaient, couchés vers l'ouest, les branches projetées dans cette direction.

Bien en arrière, dans le sud-ouest, s'arrondissait la lisière de la dernière forêt. En ce moment, Top donna

des signes non équivoques d'agitation. Il allait en avant, revenait au marin, et semblait l'engager à hâter le

pas. Le chien avait alors quitté la grève, et, poussé par son admirable instinct, sans montrer une seule

hésitation, il s'était engagé entre les dunes.

On le suivit. Le pays paraissait être absolument désert. Pas un être vivant ne l'animait.

La lisière des dunes, fort large, était composée de monticules, et même de collines très capricieusement
distribuées. C'était comme une petite Suisse de sable, et il ne fallait rien moins qu'un instinct prodigieux

pour s'y reconnaître.

Cinq minutes après avoir quitté la grève, le reporter et ses compagnons arrivaient devant une sorte
d'excavation creusée au revers d'une haute dune. Là, Top s'arrêta et jeta un aboiement clair. Spilett,

Harbert et Pencroff pénétrèrent dans cette grotte.

Nab était là, agenouillé près d'un corps étendu sur un lit d'herbes...

Ce corps était celui de l'ingénieur Cyrus Smith.

CHAPITRE VIII

Nab ne bougea pas. Le marin ne lui jeta qu'un mot.

«Vivant!» s'écria-t-il.

Nab ne répondit pas. Gédéon Pilett et Pencroff devinrent pâles. Harbert joignit les mains et demeura
immobile. Mais il était évident que le pauvre nègre, absorbé dans sa douleur, n'avait ni vu ses

compagnons ni entendu les paroles du marin.

Le reporter s'agenouilla près de ce corps sans mouvement, et posa son oreille sur la poitrine de
l'ingénieur, dont il entr'ouvrit les vêtements. Une minute - un siècle! - s'écoula, pendant qu'il cherchait à

surprendre quelque battement du coeur.

Nab s'était redressé un peu et regardait sans voir.

Le désespoir n'eût pu altérer davantage un visage d'homme. Nab était méconnaissable, épuisé par la
fatigue, brisé par la douleur. Il croyait son maître mort.

Gédéon Spilett, après une longue et attentive observation, se releva.

«Il vit!» dit-il.

Pencroff, à son tour, se mit à genoux près de Cyrus Smith; son oreille saisit aussi quelques battements, et
ses lèvres, quelque souffle qui s'échappait des lèvres de l'ingénieur.

Harbert, sur un mot du reporter, s'élança au dehors pour chercher de l'eau. Il trouva à cent pas de là un
ruisseau limpide, évidemment très grossi par les pluies de la veille, et qui filtrait à travers le sable. Mais

< page précédente | 40 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.