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Jules Verne - L'Île mystérieuse

la coque, mon garçon, et je me charge d'expédier les plus durs!»

Pencroff et le jeune garçon examinèrent avec attention les anfractuosités du granit, et ils trouvèrent, en
effet, des oeufs dans certaines cavités! Quelques douzaines furent recueillies, puis placées dans le

mouchoir du marin, et, le moment approchant où la mer devait être pleine, Harbert et Pencroff

commencèrent à redescendre vers le cours d'eau.

Quand ils arrivèrent au coude de la rivière, il était une heure après midi.

Le courant se renversait déjà. Il fallait donc profiter du reflux pour amener le train de bois à
l'embouchure. Pencroff n'avait pas l'intention de laisser ce train s'en aller, au courant, sans direction, et il

n'entendait pas, non plus, s'y embarquer pour le diriger. Mais un marin n'est jamais embarrassé, quand il

s'agit de câbles ou de cordages, et Pencroff tressa rapidement une corde longue de plusieurs brasses au

moyen de lianes sèches. Ce câble végétal fut attaché à l'arrière du radeau, et le marin le tint à la main,

tandis que Harbert, repoussant le train avec une longue perche, le maintenait dans le courant.

Le procédé réussit à souhait. L'énorme charge de bois, que le marin retenait en marchant sur la rive,
suivit le fil de l'eau. La berge était très accore, il n'y avait pas à craindre que le train ne s'échouât, et,

avant deux heures, il arrivait à l'embouchure, à quelques pas des Cheminées.

CHAPITRE V

Le premier soin de Pencroff, dès que le train de bois eut été déchargé, fut de rendre les Cheminées
habitables, en obstruant ceux des couloirs à travers lesquels s'établissait le courant d'air. Du sable, des

pierres, des branches entrelacées, de la terre mouillée bouchèrent hermétiquement les galeries de l'(...),

ouvertes aux vents du sud, et en isolèrent la boucle supérieure. Un seul boyau, étroit et sinueux, qui

s'ouvrait sur la partie latérale, fut ménagé, afin de conduire la fumée au dehors et de provoquer le tirage

du foyer. Les Cheminées se trouvaient ainsi divisées en trois ou quatre chambres, si toutefois on peut

donner ce nom à autant de tanières sombres, dont un fauve se fût à peine contenté. Mais on y était au sec,

et l'on pouvait s'y tenir debout, du moins dans la principale de ces chambres, qui occupait le centre. Un

sable fin en couvrait le sol, et, tout compte fait, on pouvait s'en arranger, en attendant mieux.

Tout en travaillant, Harbert et Pencroff causaient.

«Peut-être, disait Harbert, nos compagnons auront-ils trouvé une meilleure installation que la nôtre?

- C'est possible, répondait le marin, mais, dans le doute, ne t'abstiens pas! Mieux vaut une corde de trop à
son arc que pas du tout de corde!

- Ah! répétait Harbert, qu'ils ramènent M Smith, qu'ils le retrouvent, et nous n'aurons plus qu'à remercier
le ciel!

- Oui! murmurait Pencroff. C'était un homme celui-là, et un vrai!

- C'était... dit Harbert. Est-ce que tu désespères de le revoir jamais?

- Dieu m'en garde!» répondit le marin.

Le travail d'appropriation fut rapidement exécuté, et Pencroff s'en déclara très satisfait.

«Maintenant, dit-il, nos amis peuvent revenir. Ils trouveront un abri suffisant.»

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