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Jules Verne - L'Île mystérieuse

Pourquoi Top tournait-il si souvent autour de cet orifice? Pourquoi laissait-il échapper de si étranges
aboiements, quand une sorte d'inquiétude le ramenait vers ce puits? Pourquoi Jup se joignait-il à Top

dans une sorte d'anxiété commune? Ce puits avait-il d'autres branchements que la communication

verticale avec la mer? Se ramifiait-il vers d'autres portions de l'île? Voilà ce que Cyrus Smith voulait

savoir, et, d'abord, être seul à savoir. Il avait donc résolu de tenter l'exploration du puits pendant une

absence de ses compagnons, et l'occasion se présentait de le faire.

Il était facile de descendre jusqu'au fond du puits, en employant l'échelle de corde qui ne servait plus
depuis l'installation de l'ascenseur, et dont la longueur était suffisante. C'est ce que fit l'ingénieur. Il traîna

l'échelle jusqu'à ce trou, dont le diamètre mesurait six pieds environ, et il la laissa se dérouler, après avoir

solidement attaché son extrémité supérieure. Puis, ayant allumé une lanterne, pris un revolver et passé un

coutelas à sa ceinture, il commença à descendre les premiers échelons.

Partout, la paroi était pleine; mais quelques saillies du roc se dressaient de distance en distance, et, au
moyen de ces saillies, il eût été réellement possible à un être agile de s'élever jusqu'à l'orifice du puits.

C'est une remarque que fit l'ingénieur; mais, en promenant avec soin sa lanterne sur ces saillies, il ne
trouva aucune empreinte, aucune cassure, qui pût donner à penser qu'elles eussent servi à une escalade

ancienne ou récente.

Cyrus Smith descendit plus profondément, en éclairant tous les points de la paroi. Il n'y vit rien de
suspect.

Lorsque l'ingénieur eut atteint les derniers échelons, il sentit la surface de l'eau, qui était alors
parfaitement calme. Ni à son niveau, ni dans aucune autre partie du puits, ne s'ouvrait aucun couloir

latéral qui pût se ramifier à l'intérieur du massif. La muraille, que Cyrus Smith frappa du manche de son

coutelas, sonnait le plein. C'était un granit compact, à travers lequel nul être vivant ne pouvait se frayer

un chemin. Pour arriver au fond du puits et s'élever ensuite jusqu'à son orifice, il fallait nécessairement

passer par ce canal, toujours immergé, qui le mettait en communication avec la mer à travers le sous-sol

rocheux de la grève, et cela n'était possible qu'à des animaux marins. Quant à la question de savoir où

aboutissait ce canal, en quel point du littoral et à quelle profondeur sous les flots, on ne pouvait la

résoudre.

Donc, Cyrus Smith, ayant terminé son exploration, remonta, retira l'échelle, recouvrit l'orifice du puits et
revint, tout pensif, à la grande salle de Granite-House, en se disant: «Je n'ai rien vu, et pourtant il y a

quelque chose!»

CHAPITRE XII

Le soir même, les chasseurs revinrent, ayant fait bonne chasse, et, littéralement chargés de gibier, ils
portaient tout ce que pouvaient porter quatre hommes.

Top avait un chapelet de pilets autour du cou, et Jup, des ceintures de bécassines autour du corps.

«Voilà, mon maître, s'écria Nab, voilà de quoi employer notre temps! Conserves, pâtés, nous aurons là
une réserve agréable! Mais il faut que quelqu'un m'aide. Je compte sur toi, Pencroff.

- Non, Nab, répondit le marin. Le gréement du bateau me réclame, et tu voudras bien te passer de moi.

- Et vous, Monsieur Harbert?

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