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Jules Verne - L'Île mystérieuse

- Nous?

- Oui, Monsieur Cyrus. Nous construirons une barque pontée, et je me charge de la conduire. - À quelle
distance sommes-nous de cette île Tabor?

- À cent cinquante milles environ dans le nord-est, répondit Cyrus Smith.

- Cent cinquante milles! Et qu'est cela? répondit Pencroff. En quarante-huit heures et avec un bon vent,
ce sera enlevé!

- Mais à quoi bon? demanda le reporter.

- On ne sait pas. Faut voir!»

Et sur cette réponse, il fut décidé qu'une embarcation serait construite, de manière à pouvoir prendre la
mer vers le mois d'octobre prochain, au retour de la belle saison.

CHAPITRE X

Lorsque Pencroff s'était mis un projet en tête, il n'avait et ne laissait pas de cesse qu'il n'eût été exécuté.
Or, il voulait visiter l'île Tabor, et, comme une embarcation d'une certaine grandeur était nécessaire à

cette traversée, il fallait construire ladite embarcation.

Voici le plan qui fut arrêté par l'ingénieur, d'accord avec le marin.

Le bateau mesurerait trente-cinq pieds de quille et neuf pieds de bau, - ce qui en ferait un marcheur, si ses
fonds et ses lignes d'eau étaient réussis, - et ne devrait pas tirer plus de six pieds, calant d'eau suffisant

pour le maintenir contre la dérive. Il serait ponté dans toute sa longueur, percé de deux écoutilles qui

donneraient accès dans deux chambres séparées par une cloison, et gréé en sloop, avec brigantine,

trinquette, fortune, flèche, foc, voilure très maniable, amenant bien en cas de grains, et très favorable

pour tenir le plus près. Enfin, sa coque serait construite à francs bords, c'est-à-dire que les bordages

affleureraient au lieu de se superposer, et quant à sa membrure, on l'appliquerait à chaud après

l'ajustement des bordages qui seraient montés sur faux-couples. Quel bois serait employé à la

construction de ce bateau? L'orme ou le sapin, qui abondaient dans l'île? On se décida pour le sapin, bois

un peu «fendif», suivant l'expression des charpentiers, mais facile à travailler, et qui supporte aussi bien

que l'orme l'immersion dans l'eau.

Ces détails arrêtés, il fut convenu que, puisque le retour de la belle saison ne s'effectuerait pas avant six
mois, Cyrus Smith et Pencroff travailleraient seuls au bateau. Gédéon Spilett et Harbert devaient

continuer de chasser, et ni Nab, ni maître Jup, son aide, n'abandonneraient les travaux domestiques qui

leur étaient dévolus. Aussitôt les arbres choisis, on les abattit, on les débita, on les scia en planches,

comme eussent pu faire des scieurs de long. Huit jours après, dans le renfoncement qui existait entre les

Cheminées et la muraille, un chantier était préparé, et une quille, longue de trente-cinq pieds, munie d'un

étambot à l'arrière et d'une étrave à l'avant, s'allongeait sur le sable.

Cyrus Smith n'avait point marché en aveugle dans cette nouvelle besogne. Il se connaissait en
construction maritime comme en presque toutes choses, et c'était sur le papier qu'il avait d'abord cherché

le gabarit de son embarcation. D'ailleurs, il était bien servi par Pencroff, qui, ayant travaillé quelques

années dans un chantier de Brooklyn, connaissait la pratique du métier. Ce ne fut donc qu'après calculs

sévères et mûres réflexions que les faux-couples furent emmanchés sur la quille.

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