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Jules Verne - L'Île mystérieuse

un pan coupé qu'on eût cru taillé de main d'homme. Sur la gauche, au contraire, au-dessus du
promontoire, cette espèce de falaise irrégulière, s'égrenant en éclats prismatiques, et faite de roches

agglomérées et d'éboulis, s'abaissait par une rampe allongée qui se confondait peu à peu avec les roches

de la pointe méridionale. Sur le plateau supérieur de la côte, aucun arbre.

C'était une table nette, comme celle qui domine Cape-Town, au cap de Bonne-Espérance, mais avec des
proportions plus réduites. Du moins, elle apparaissait telle, vue de l'îlot. Toutefois, la verdure ne

manquait pas à droite, en arrière du pan coupé. On distinguait facilement la masse confuse de grands

arbres, dont l'agglomération se prolongeait au delà des limites du regard. Cette verdure réjouissait l'oeil,

vivement attristé par les âpres lignes du parement de granit. Enfin, tout en arrière-plan et au- dessus du

plateau, dans la direction du nord-ouest et à une distance de sept milles au moins, resplendissait un

sommet blanc, que frappaient les rayons solaires. C'était un chapeau de neiges, coiffant quelque mont

éloigné.

On ne pouvait donc se prononcer sur la question de savoir si cette terre formait une île ou si elle
appartenait à un continent. Mais, à la vue de ces roches convulsionnées qui s'entassaient sur la gauche, un

géologue n'eût pas hésité à leur donner une origine volcanique, car elles étaient incontestablement le

produit d'un travail plutonien.

Gédéon Spilett, Pencroff et Harbert observaient attentivement cette terre, sur laquelle ils allaient
peut-être vivre de longues années, sur laquelle ils mourraient même, si elle ne se trouvait pas sur la route

des navires!

«Eh bien! demanda Harbert, que dis-tu, Pencroff?

- Eh bien, répondit le marin, il y a du bon et du mauvais, comme dans tout. Nous verrons. Mais voici le
jusant qui se fait sentir. Dans trois heures, nous tenterons le passage, et, une fois là, on tâchera de se tirer

d'affaire et de retrouver M Smith!»

Pencroff ne s'était pas trompé dans ses prévisions.

Trois heures plus tard, à mer basse, la plus grande partie des sables, formant le lit du canal, avait
découvert. Il ne restait entre l'îlot et la côte qu'un chenal étroit qu'il serait aisé sans doute de franchir. En

effet, vers dix heures, Gédéon Spilett et ses deux compagnons se dépouillèrent de leurs vêtements, ils les

mirent en paquet sur leur tête, et ils s'aventurèrent dans le chenal, dont la profondeur ne dépassait pas

cinq pieds. Harbert, pour qui l'eau eût été trop haute, nageait comme un poisson, et il s'en tira à merveille.

Tous trois arrivèrent sans difficulté sur le littoral opposé. Là, le soleil les ayant séchés rapidement, ils

remirent leurs habits, qu'ils avaient préservés du contact de l'eau, et ils tinrent conseil.

CHAPITRE IV

Tout d'abord, le reporter dit au marin de l'attendre en cet endroit même, où il le rejoindrait, et, sans perdre
un instant, il remonta le littoral, dans la direction qu'avait suivie, quelques heures auparavant, le nègre

Nab. Puis il disparut rapidement derrière un angle de la côte, tant il lui tardait d'avoir des nouvelles de

l'ingénieur.

Harbert avait voulu l'accompagner.

«Restez, mon garçon, lui avait dit le marin. Nous avons à préparer un campement et à voir s'il est
possible de trouver à se mettre sous la dent quelque chose de plus solide que des coquillages. Nos amis

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