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Jules Verne - L'Île mystérieuse

- Bon! mon garçon, répondit le reporter, tu en aurais fait autant.

- Moi! un pareil sang-froid! ...

- Figure-toi, Harbert, qu'un jaguar est un lièvre, et tu le tireras le plus tranquillement du monde.

- Voilà! répondit Pencroff. Ce n'est pas plus malin que cela!

- Et maintenant, dit Gédéon Spilett, puisque ce jaguar a quitté son repaire, je ne vois pas, mes amis,
pourquoi nous ne l'occuperions pas pendant la nuit?

- Mais d'autres peuvent revenir! dit Pencroff.

- Il suffira d'allumer un feu à l'entrée de la caverne, dit le reporter, et ils ne se hasarderont pas à en
franchir le seuil.

- À la maison des jaguars, alors!» répondit le marin en tirant après lui le cadavre de l'animal.

Les colons se dirigèrent vers le repaire abandonné, et là, tandis que Nab dépouillait le jaguar, ses
compagnons entassèrent sur le seuil une grande quantité de bois sec, que la forêt fournissait

abondamment.

Mais Cyrus Smith, ayant aperçu le bouquet de bambous, alla en couper une certaine quantité, qu'il mêla
au combustible du foyer.

Cela fait, on s'installa dans la grotte, dont le sable était jonché d'ossements; les armes furent chargées à
tout hasard, pour le cas d'une agression subite; on soupa, et puis, le moment de prendre du repos étant

venu, le feu fut mis au tas de bois empilé À l'entrée de la caverne. Aussitôt, une véritable pétarade

d'éclater dans l'air! C'étaient les bambous, atteints par la flamme, qui détonaient comme des pièces

d'artifice!

Rien que ce fracas eût suffi à épouvanter les fauves les plus audacieux!

Et ce moyen de provoquer de vives détonations, ce n'était pas l'ingénieur qui l'avait inventé, car, suivant
Marco Polo, les tartares, depuis bien des siècles, l'emploient avec succès pour éloigner de leurs

campements les fauves redoutables de l'Asie centrale.

CHAPITRE V

Cyrus Smith et ses compagnons dormirent comme d'innocentes marmottes dans la caverne que le jaguar
avait si poliment laissée à leur disposition. Au soleil levant, tous étaient sur le rivage, à l'extrémité même

du promontoire, et leurs regards se portaient encore vers cet horizon, qui était visible sur les deux tiers de

sa circonférence. Une dernière fois, l'ingénieur put constater qu'aucune voile, aucune carcasse de navire

n'apparaissaient sur la mer, et la longue-vue n'y put découvrir aucun point suspect.

Rien, non plus, sur le littoral, du moins dans la partie rectiligne qui formait la côte sud du promontoire
sur une longueur de trois milles, car, au delà, une échancrure des terres dissimulait le reste de la côte, et

même, de l'extrémité de la presqu'île Serpentine, on ne pouvait apercevoir le cap Griffe, caché par de

hautes roches.

Restait donc le rivage méridional de l'île à explorer. Or, tenterait-on d'entreprendre immédiatement cette
exploration et lui consacrerait-on cette journée du 2 novembre?

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