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Jules Verne - L'Île mystérieuse

- Eh bien, nous nous arrêterons, Pencroff, et nous organiserons un campement pour la nuit.

- À quelle distance pouvons-nous être de Granite-House? demanda Harbert.

- À sept milles à peu près, répondit l'ingénieur, mais en tenant compte, toutefois, des détours de la rivière,
qui nous ont portés dans le nord-ouest.

- Continuons-nous à aller en avant? demanda le reporter.

- Oui, et aussi longtemps que nous pourrons le faire, répondit Cyrus Smith. Demain, au point du jour,
nous abandonnerons le canot, nous franchirons en deux heures, j'espère, la distance qui nous sépare de la

côte, et nous aurons la journée presque tout entière pour explorer le littoral.

- En avant!» répondit Pencroff.

Mais bientôt la pirogue racla le fond caillouteux de la rivière, dont la largeur alors ne dépassait pas vingt
pieds. Un épais berceau de verdure s'arrondissait au-dessus de son lit et l'enveloppait d'une

demi-obscurité. On entendait aussi le bruit assez accentué d'une chute d'eau, qui indiquait, à quelques

cents pas en amont, la présence d'un barrage naturel.

Et, en effet, à un dernier détour de la rivière, une cascade apparut à travers les arbres. Le canot heurta le
fond du lit, et, quelques instants après, il était amarré à un tronc, près de la rive droite.

Il était cinq heures environ. Les derniers rayons du soleil se glissaient sous l'épaisse ramure et frappaient
obliquement la petite chute, dont l'humide poussière resplendissait des couleurs du prisme. Au delà, le lit

de la Mercy disparaissait sous les taillis, où il s'alimentait à quelque source cachée. Les divers rios qui

affluaient sur son parcours en faisaient plus bas une véritable rivière, mais alors ce n'était plus qu'un

ruisseau limpide et sans profondeur.

On campa en cet endroit même, qui était charmant. Les colons débarquèrent, et un feu fut allumé sous un
bouquet de larges micocouliers, entre les branches desquels Cyrus Smith et ses compagnons eussent, au

besoin, trouvé un refuge pour la nuit.

Le souper fut bientôt dévoré, car on avait faim, et il ne fut plus question que de dormir. Mais, quelques
rugissements de nature suspecte s'étant fait entendre avec la tombée du jour, le foyer fut alimenté pour la

nuit, de manière à protéger les dormeurs de ses flammes pétillantes. Nab et Pencroff veillèrent même à

tour de rôle et n'épargnèrent pas le combustible. Peut-être ne se trompèrent-ils pas, lorsqu'ils crurent voir

quelques ombres d'animaux errer autour du campement, soit sous le taillis, soit entre les ramures; mais la

nuit se passa sans accident, et le lendemain, 31 octobre, à cinq heures du matin, tous étaient sur pied,

prêts à partir.

CHAPITRE IV

Ce fut à six heures du matin que les colons, après un premier déjeuner, se remirent en route, avec
l'intention de gagner par le plus court la côte occidentale de l'île. En combien de temps pourraient-ils

l'atteindre? Cyrus Smith avait dit en deux heures, mais cela dépendait évidemment de la nature des

obstacles qui se présenteraient. Cette partie du Far-West paraissait serrée de bois, comme eût été un

immense taillis composé d'essences extrêmement variées. Il était donc probable qu'il faudrait se frayer

une voie à travers les herbes, les broussailles, les lianes, et marcher la hache à la main, - et le fusil aussi,

sans doute, si on s'en rapportait aux cris de fauves entendus dans la nuit.

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