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Jules Verne - L'Île mystérieuse

parut plus simple à Cyrus Smith de le fabriquer en terre de brique; comme il ne fallait pas songer à lui
donner issue par le plateau supérieur, on perça un trou dans le granit au-dessus de la fenêtre de ladite

cuisine, et c'est à ce trou que le tuyau, obliquement dirigé, aboutit comme celui d'un poêle en tôle.

Peut-être, sans doute même, par les grands vents d'est qui battaient directement la façade, la cheminée

fumerait, mais ces vents étaient rares, et, d'ailleurs, maître Nab, le cuisinier, n'y regardait pas de si près.

Quand ces aménagements intérieurs eurent été achevés, l'ingénieur s'occupa d'obstruer l'orifice de
l'ancien déversoir qui aboutissait au lac, de manière à interdire tout accès par cette voie. Des quartiers de

roches furent roulés à l'ouverture et cimentés fortement. Cyrus Smith ne réalisa pas encore le projet qu'il

avait formé de noyer cet orifice sous les eaux du lac en les ramenant à leur premier niveau par un

barrage. Il se contenta de dissimuler l'obstruction au moyen d'herbes, arbustes ou broussailles, qui furent

plantés dans les interstices des roches, et que le printemps prochain devait développer avec exubérance.

Toutefois, il utilisa le déversoir de manière à amener jusqu'à la nouvelle demeure un filet des eaux
douces du lac. Une petite saignée, faite au-dessous de leur niveau, produisit ce résultat, et cette dérivation

d'une source pure et intarissable donna un rendement de vingt-cinq à trente gallons par jour.

L'eau ne devait donc jamais manquer à Granite-House. Enfin, tout fut terminé, et il était temps, car la
mauvaise saison arrivait. D'épais volets permettaient de fermer les fenêtres de la façade, en attendant que

l'ingénieur eût eu le temps de fabriquer du verre à vitre.

Gédéon Spilett avait très artistement disposé, dans les saillies du roc, autour des fenêtres, des plantes
d'espèces variées, ainsi que de longues herbes flottantes, et, de cette façon, les ouvertures étaient

encadrées d'une pittoresque verdure d'un effet charmant.

Les habitants de la solide, saine et sûre demeure, ne pouvaient donc être qu'enchantés de leur ouvrage.

Les fenêtres permettaient à leur regard de s'étendre sur un horizon sans limite, que les deux caps
Mandibule fermaient au nord et le cap Griffe au sud.

Toute la baie de l'Union se développait magnifiquement devant eux. Oui, ces braves colons avaient lieu
d'être satisfaits, et Pencroff ne marchandait pas les éloges à ce qu'il appelait humoristiquement «son

appartement au cinquième au-dessus de l'entresol!»

CHAPITRE XX

La saison d'hiver commença véritablement avec ce mois de juin, qui correspond au mois de décembre de
l'hémisphère boréal. Il débuta par des averses et des rafales qui se succédèrent sans relâche. Les hôtes de

Granite-House purent apprécier les avantages d'une demeure que les intempéries ne sauraient atteindre.

L'abri des Cheminées eût été vraiment insuffisant contre les rigueurs d'un hivernage, et il était à craindre
que les grandes marées, poussées par les vents du large, n'y fissent encore irruption. Cyrus Smith prit

même quelques précautions, en prévision de cette éventualité, afin de préserver, autant que possible, la

forge et les fourneaux qui y étaient installés.

Pendant tout ce mois de juin, le temps fut employé À des travaux divers, qui n'excluaient ni la chasse, ni
la pêche, et les réserves de l'office purent être abondamment entretenues. Pencroff, dès qu'il en aurait le

loisir, se proposait d'établir des trappes dont il attendait le plus grand bien. Il avait fabriqué des collets de

fibres ligneuses, et il n'était pas de jour que la garenne ne fournît son contingent de rongeurs. Nab

employait presque tout son temps à saler ou à fumer des viandes, ce qui lui assurait des conserves

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