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Jules Verne - L'Île mystérieuse

fibre végétale, une masse de fer pesant plusieurs livres. Une autre longue fibre, préalablement soufrée,
était attachée au milieu de la première par une de ses extrémités, tandis que l'autre extrémité traînait sur

le sol jusqu'à une distance de plusieurs pieds du trou de mine. Le feu étant mis à cette seconde fibre, elle

brûlerait jusqu'à ce qu'elle eût atteint la première. Celle-ci, prenant feu à son tour, se romprait, et la masse

de fer serait précipitée sur la nitro- glycérine.

Cet appareil fut donc installé; puis l'ingénieur, après avoir fait éloigner ses compagnons, remplit le trou
de mine de manière que la nitro-glycérine vînt en affleurer l'ouverture, et il en jeta quelques gouttes à la

surface de la roche, au-dessous de la masse de fer déjà suspendue.

Ceci fait, Cyrus Smith prit l'extrémité de la fibre soufrée, il l'alluma, et, quittant la place, il revint
retrouver ses compagnons aux Cheminées.

La fibre devait brûler pendant vingt-cinq minutes, et, en effet, vingt-cinq minutes après, une explosion,
dont on ne saurait donner l'idée, retentit. Il sembla que toute l'île tremblait sur sa base. Une gerbe de

pierres se projeta dans les airs comme si elle eût été vomie par un volcan. La secousse produite par l'air

déplacé fut telle, que les roches des Cheminées oscillèrent. Les colons, bien qu'ils fussent à plus de deux

milles de la mine, furent renversés sur le sol.

Ils se relevèrent, ils remontèrent sur le plateau, et ils coururent vers l'endroit où la berge du lac devait
avoir été éventrée par l'explosion... Un triple hurrah s'échappa de leurs poitrines! Le cadre de granit était

fendu sur une large place! Un cours rapide d'eau s'en échappait, courait en écumant à travers le plateau,

en atteignait la crête, et se précipitait d'une hauteur de trois cents pieds sur la grève!

CHAPITRE XVIII

Le projet de Cyrus Smith avait réussi; mais, suivant son habitude, sans témoigner aucune satisfaction, les
lèvres serrées, le regard fixe, il restait immobile. Harbert était enthousiasmé; Nab bondissait de joie;

Pencroff balançait sa grosse tête et murmurait ces mots: «Allons, il va bien notre ingénieur!»

En effet, la nitro-glycérine avait puissamment agi. La saignée, faite au lac, était si importante, que le
volume des eaux qui s'échappaient alors par ce nouveau déversoir était au moins triple de celui qui

passait auparavant par l'ancien. Il devait donc en résulter que, peu de temps après l'opération, le niveau

du lac aurait baissé de deux pieds, au moins.

Les colons revinrent aux Cheminées, afin d'y prendre des pics, des épieux ferrés, des cordes de fibres, un
briquet et de l'amadou; puis, ils retournèrent au plateau. Top les accompagnait.

Chemin faisant, le marin ne put s'empêcher de dire à l'ingénieur:

«Mais savez-vous bien, monsieur Cyrus, qu'au moyen de cette charmante liqueur que vous avez
fabriquée, on ferait sauter notre île tout entière?

- Sans aucun doute, l'île, les continents, et la terre elle-même, répondit Cyrus Smith. Ce n'est qu'une
question de quantité.

- Ne pourriez-vous donc employer cette nitro-glycérine au chargement des armes à feu? demanda le
marin.

- Non, Pencroff, car c'est une substance trop brisante. Mais il serait aisé de fabriquer de la poudre-coton,
ou même de la poudre ordinaire, puisque nous avons l'acide azotique, le salpêtre, le soufre et le charbon.

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