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Jules Vallès - L'Enfant
Sa voix s'arrête, mais son geste continue et nous dit:
«Amusez-vous!»
CHÔMAGE
La vie change tout d'un coup.
J'ai été jusqu'ici le tambour sur lequel ma mère a battu des rrra et des fla, elle a essayé sur moi des roulées et des étoffes, elle m'a travaillé dans tous les sens, pincé, balafré, tamponné, bourré, souffleté, frotté, cardé et tanné, sans que je sois devenu idiot, contrefait, bossu ou bancal, sans qu'il m'ait poussé des oignons dans l'estomac ni de la laine de mouton sur le dos - après tant de gigots pourtant!
À un moment, son affection se détourne. Elle se relâche de sa surveillance.
On n'entendait jadis que pif-paf, v'li-v'lan, et allez donc! - On m'appelait bandit, sapré gredin! - Sapré pour sacré; - elle disait bouffre pour bougre.
Depuis treize ans, je n'avais pas pu me trouver devant elle cinq minutes - non, pas cinq minutes, sans la pousser à bout, sans exaspérer son amour.
Qu'est devenu ce mouvement, ce bruit, le train-train des calottes?
Je ne détestais pas qu'on m'appelât bandit, gredin; j'y étais fait, - même cela me flattait un peu.
Bandit! - comme dans le roman à gravures. - Puis je sentais bien que cela faisait plaisir à ma mère de me faire du mal; qu'elle avait besoin de mouvement et pouvait se payer de la gymnastique sans aller au gymnase, où il aurait fallu qu'elle mît un petit pantalon et une petite blouse. - Je ne la voyais pas bien en petite blouse et en petit pantalon.
Avec moi, elle tirait au mur; elle faisait envoler le pigeon, elle gagnait le lapin, elle amenait le grenadier.
Je vis donc depuis quelque temps, sans rien qui me rafraîchisse ou me réchauffe, comme la gerbe qui moisit dans un coin, au lieu de palpiter sous le fléau, comme l'oie qui, clouée par les pattes, gonfle devant le feu.
Je n'ai plus à me lever pour aller - cible résignée - vers ma mère; je puis rester assis tout le temps!
Ce chômage m'inquiète.
Rester assis, c'est bien, - mais quand on retournera aux habitudes passées, quand l'heure du fouet sonnera de nouveau, où en serai-je? Les délices de Capoue m'auront perdu: je n'aurai plus la cuirasse de l'habitude, le caleçon de l'exercice, le grain du cuir battu!
Que se passe-t-il donc?
Je ne comprends guère, mais il me semble que madame Brignolin est pour quelque chose dans cette tristesse noire de la maison, dans cette colère blanche de ma mère.
Ma mère reste de longues soirées sans rien dire, les yeux fixes et les lèvres pincées. Elle se cache derrière la fenêtre et soulève le rideau, elle a l'air de guetter une proie.
«Vous ne voyez plus madame Brignolin? lui demande un jour une voisine.
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