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Jules Vallès - L'Enfant

Ricard?

Ils sont neuf enfants.

On les fouette à outrance. - Quel bonheur!

Je tâte Ricard; - quand je dis je tâte, je parle au figuré: il me défend de le tâter (il a trop mal aux côtes) - il
est sale comme un peigne; il m'explique que c'est parce qu'ils sont sales que leur mère les bat; mais elle

est diablement sale aussi, elle!

Elle les rosse encore parce qu'ils disent des gros mots; ils jurent comme des charretiers; il y a le petit de
cinq ans qui crie toujours: «_Crotte pour toi!»

Il n'y en a qu'un dans la famille qui soit bien sage et qui ne jure pas. C'est celui qui est en classe avec
moi.

On le bat tout de même. Pourquoi donc?

Parce qu'il ne faut pas faire de préférences dans les familles, c'est toujours d'un mauvais effet. Les autres
pourraient s'en plaindre.

Puis, «il est là comme une oie.»

Il est là comme une oie. - Voilà pourquoi on le bat.

On fouette les autres parce qu'ils font du bruit et qu'ils jurent et sont grossiers: on le fouette, lui, parce
qu'il ne dit rien et se tient tranquille.

«_Il est là comme une oie...»

Il a encore une faiblesse - (qui n'a pas les siennes!) - il pisse au lit.

Voilà le secret de sa misère, pourquoi il est triste, pourquoi sa mère crie toujours qu'elle va lui enlever la
peau de ceci, la peau de cela!

Et ses parents ont l'air de croire que c'est pour s'amuser, parce qu'il y trouve du plaisir, que c'est par
coquetterie ou défi, un jeu ou une menace, une fantaisie de talon rouge, un mouvement de désoeuvré. Le

malheureux fait pourtant ce qu'il peut, - ce qu'il fait ne sert à rien. - Il se réveille dans le crime, et on est

obligé de mettre ses draps à la fenêtre tous les matins.

On lui procure cette honte. - Tout le monde sait sa faute; comme on sait que le roi est aux Tuileries,
quand le drapeau flotte au-dessus du château!...

Il en pleure de douleur, le pauvre mâtin, il se prive de tout, exprès, quand il soupe le soir, et boit avec une
paille.

C'est en vain qu'il prie Dieu, la sainte Vierge et cherche s'il y a un saint spécialement affecté à ce genre
de péché; il retombe désespéré sous le coup de torchon de sa mère, qui a une drôle d'expression pour

annoncer que la danse commence. Elle dit de sa grosse voix, et en levant le fouet:

«Ah! nous allons faire pleurer le lapin

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