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Jules Vallès - L'Enfant

j'ai pu.

Un jour, un des maîtres est venu se plaindre qu'un domestique l'avait insulté. Le proviseur n'a fait ni une
ni deux: il appelle le pion Souillard, qui lui sert de secrétaire: «M. Souillard, il y a M. Pichon qui se

plaint de ce que Jean lui ait parlé insolemment devant les élèves; - il faut que l'un des deux file. Je tiens à

Jean; il nettoie bien les lieux. M. Pichon est un imbécile qui n'a pas de protections, qui achète cent francs

de bouquins pour faire son livre d'étymologie et qui porte des habits qui nous déshonorent.

«Écrivez en marge à son dossier:

«"PICHON. Se commet avec les domestiques - a des habitudes de saleté - sait ses classiques. Rendrait de
grands services dans une autre localité."«

Ah! vivent les charcutiers, nom d'une pipe!

Et les cordonniers aussi! vivent les épiciers et les bouviers!

Vivent les nègres!...

Moi, plutôt que d'être professeur, je ferai tout, tout, tout!...

Il n'y a donc pas à compter sur Malatesta, qui est à la charcuterie de Modène, et il a même laissé intacte
dans son pupitre une boîte de fruits confits qu'on se partage en retenue.

Je cherche de tous côtés d'autres complices; je jette sur la foule des camarades le regard creux du
capitaine. Je fais des ouvertures à plusieurs: ils hésitent. Les uns disent qu'ils ne s'ennuient pas à la

maison, qu'ils s'y amusent beaucoup, au contraire, que leur père rigole avec eux, que leur mère a les

mêmes défauts que celle de Malatesta.

«On ne te bat donc pas?

- Si, quelquefois, mais je suis content ces jours-là; je suis sûr que le soir on me mènera au spectacle ou
bien qu'on me donnera une pièce de dix sous. Mon père en est tout embêté, et ils se cherchent des raisons

avec ma mère. - C'est toi qui en es cause. - Je te dis que c'est toi. - Tu ne lui as pas fait de mal au moins! -

J'ai bien tapé un peu fort, quel brutal je suis!»

«Tu lui as fait du mal au moins», demande ma mère à mon père, à l'envers de ces parents imbéciles.
«J'espère qu'il l'a senti cette fois!»

Et il faut bien avouer que ma mère est logique. Si on bat les enfants, c'est pour leur bien, pour qu'ils se
souviennent, au moment de faire une faute, qu'ils auront les cheveux tirés, les oreilles en sang, qu'ils

souffriront, quoi!... Elle a un système, elle l'applique.

Elle est plus raisonnable que les parents de ce petit à qui on donne dix sous quand on lui a envoyé une
taloche; qui tapent sans savoir pourquoi, et qui regrettent d'avoir fait mal.

Je ne comprends pas comment mon camarade aime tant ses parents, qui sont si bêtes et ont si peu
d'énergie.

Je suis tombé sur une mère qui a du bon sens, de la méthode.

Je ne trouverai donc personne qui veuille s'enfuir avec moi!

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