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Jules Vallès - L'Enfant
Sa mère est tout d'un coup tombée malade, et il est allé la voir.
Il adore sa mère, une mauvaise mère, cependant!
Elle lui envoie toujours des pastèques, des dattes et des oranges; elle lui fait passer de l'argent en cachette du proviseur.
«Elle est donc bien riche, ta mère? lui demandai-je un jour.
- Non, mais elle est si bonne!
- Tu l'aimes bien!
- Si je l'aime!»
Il me dit cela avec une petite larme dans les yeux.
Lui qui doit être soldat!
Avoir une si mauvaise mère et l'aimer tant! Une mère qui le console quand il est puni, qui mange peut-être moins de pain pour que son enfant ait plus d'oranges!
«Que fait-elle, ta mère?
- Elle est charcutière à Modène.»
Et il n'a pas l'air de rougir!
Charcutière! Tout s'explique. C'est une femme du commun.
Ma mère n'aurait jamais été charcutière. Jamais!
Ah! elle est fière, ma mère, il faut lui accorder ça.
Si ce n'avait pas été pour elle, c'eût été pour son fils qu'elle n'eût pas voulu vendre du jambon.
Elle préférait crever la misère, conseiller à mon père d'être lâche!...
Elle préférait vivre d'une vie sourde, bête et vile; mais elle était la femme d'un fonctionnaire, une dame, et son enfant dirait un jour:
«Mon père était dans l'Université.»
Ah! cela me fera une belle jambe, et on a l'air de les estimer drôlement, ces messieurs de l'université!
Si elle entendait ce que j'entends, moi, non pas seulement ce que les élèves marmottent - ce n'est rien - mais ce que les parents disent, elle verrait ce qu'on pense des professeurs! si elle savait comme ils sont méprisés par les chefs même: le proviseur, l'inspecteur, le censeur, qui, quand une mère riche se plaint, répondent:
«N'ayez peur: je lui laverai la tête!»
Du petit cabinet où l'on m'enferme d'habitude avant de me mener au cachot, je puis saisir ce qu'on dit dans le salon du proviseur, et je n'ai pas manqué d'appliquer mes oreilles contre le mur, chaque fois que
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