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Jules Vallès - L'Enfant
Je m'embarquerai comme mousse sur un navire et je ferai le tour du monde.
Si l'on me donne des coups de pied ou des coups de corde, ce sera un étranger qui me les donnera. Si l'on me bat trop fort, je m'enfuirai à la nage dans quelque île déserte, où l'on n'aura pas de leçon à apprendre ni du grec à traduire.
Il y a encore une consolation, même si l'on est attaché au grand mât ou enchaîné à fond de cale; il y a l'espérance d'arriver à être officier à son tour, et l'on a le droit de souffleter le capitaine.
Turfin, lui, peut me tourmenter tant qu'il voudra, sans que je puisse me venger.
Mon père peut me faire pleurer et saigner pendant toute ma jeunesse; je lui dois l'obéissance et le respect.
Les règles de la vie de famille lui donnent droit de vie et de mort sur moi.
Je suis un mauvais sujet, après tout!
On mérite d'avoir la tête cognée et les côtes cassées, quand, au lieu d'apprendre les verbes grecs, on regarde passer les nuages ou voler les mouches.
On est un fainéant et un drôle, quand on veut être cordonnier, vivre dans la poix et la colle, tirer le fil, manier le tranchet, au lieu de rêver une toge de professeur, avec une toque et de l'hermine.
On est un insolent vis-à-vis de son père, quand on pense qu'avec la toge on est pauvre, qu'avec le tablier de cuir on est libre!
C'est moi qui ai tort, il a raison de me battre.
Je le déshonore avec mes goûts vulgaires, mes instincts d'apprenti, mes manies d'ouvrier.
Mes parents m'ont donné de l'éducation et je n'en veux plus!
Je me plais mieux avec les laboureurs et les savetiers qu'avec les agrégés; et j'ai toujours trouvé mon oncle Joseph moins bête que M. Beliben!...
«Fort comme il est, et si fainéant!» disent-ils toujours. C'est justement parce que je suis fort que je m'ennuie dans ces classes et ces études où l'on me garde tout le jour. Les jambes me démangent, la nuque me fait mal.
Je suis gai de nature; j'aime à rire et j'ai la rate qui va en éclater quelquefois! Quand je peux échapper aux pensums, éviter le séquestre, être loin du pion ou du professeur, je saute comme un gros chien, j'ai des gaietés de nègre.
Être nègre!
Oh! comme j'ai désiré longtemps être nègre!
D'abord, les négresses aiment leurs petits. - J'aurais eu une mère aimante.
Puis quand la journée est finie, ils font des paniers pour s'amuser, ils tressent des lianes, cisèlent du coco, et ils dansent en rond!
Zizi, bamboula! Dansez, Canada!
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