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Jules Vallès - L'Enfant
Une plume grince, quelqu'un tousse, le pion fait deux ou trois tours en regardant le ciel à travers les croisées.
«M'sieu... sortir!»
Il fait oui de la tête, et sous prétexte d'aller là-bas, je traîne un peu dans les longs corridors, je fourre le nez dans des salles vides, je jette par une fenêtre une bille, j'envoie une boulette de pain à un moineau, je lorgne l'infirmière et je tâche d'aller chiper des fruits au réfectoire, puis je reviens à cloche-pied, dans l'étude.
Je me replonge la tête dans ce qui me reste de papier, que je barbouille avec ce qui me reste d'encre, je pense à tout autre chose qu'à ce que j'écris - et il se trouve qu'il y a quelquefois dans mes pensums des «Turfin pignouf. Turfin crétin.»
Mardi matin.
C'était composition en version latine.
Je cherchais un mot, dans un dictionnaire tout petit que mon père m'a donné à la place de Quicherat.
Turfin croit que c'est une traduction.
Il s'avance et me demande le livre que je cachais tout à l'heure.
Je lui montre le petit dictionnaire.
«Ce n'est pas celui-là.
- Si, m'sieu!
- Vous copiez votre version.
- Ce n'est pas vrai!»
Je n'ai pas fini le mot qu'il me soufflette.
Mon père et mère me battent, mais eux seuls dans le monde ont le droit de me frapper. Celui-là me bat parce qu'il déteste les pauvres.
Il me bat pour indiquer qu'il est l'ami du sous-préfet, qu'il a été reçu second à l'agrégation.
Oh! si mes parents étaient comme d'autres, comme ceux de Destrême qui sont venus se plaindre parce qu'un des maîtres avait donné une petite claque à leur fils!
Mais mon père, au lieu de se fâcher contre Turfin, s'est tourné contre moi, parce que Turfin est son collègue, parce que Turfin est influent dans le lycée, parce qu'il pense avec raison que quelques coups de plus ou de moins ne feront pas grand-chose sur ma caboche. Non, mais ils font marque dans mon coeur.
J'ai eu un mouvement de colère sourd contre mon père.
Je n'y puis plus tenir; il faut que je m'échappe de la maison et du collège.
Où irai-je? - À Toulon.
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