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Jules Vallès - L'Enfant
Des lignes, des lignes! - des arrêts et des retenues, du cachot!
Je préfère le cachot à la retenue.
Je suis libre entre mes quatre murs, je siffle, je fais des boulettes, je dessine des bonshommes, je joue aux billes tout seul.
Avec des morceaux de bois et des bouts de ficelle je monte des potences auxquelles je pends Turfin, je me remets à la besogne vers le soir et je fais mon pensum.
On me renvoie à neuf heures à la maison.
Le cachot ne m'épouvante pas; même j'éprouve un petit orgueil à revenir le soir par les cours désertes, en rencontrant au passage quelques élèves qui me regardent comme un révolté!
Nous nous croisons souvent avec Malatesta, qui sort d'un autre cachot. C'est le chef des chahuteurs dans l'étude des grands.
Il va entrer en élémentaires.
C'est lui qui doit être reçu à Saint-Cyr l'an prochain. C'est le champion de Saint-Étienne; on ne le renverrait pas pour un empire.
Il porte un képi à galons d'or et il prend des leçons d'armes.
Malatesta me fait des signes de tête en passant et me dit: «Salut, Vingtras!» Salut, comme en latin, «Vingtras», comme à un homme.
C'est la retenue qui m'ennuie le plus.
J'y gobe encore des pensums. - Je suis si maladroit! - C'est mon encrier que je renverse, c'est mon porte-plume qui tombe, mes papiers qui s'envolent, mon pupitre que je démanche.
«Vingtras, cent lignes!»
Patatras! mon paquet de livres qui dégringole et fait un tapage d'enfer!
«Cent lignes de plus.
- M'sieu!
- Vous répliquez? Cinq pages de grammaire grecque.»
Encore! Toujours!
Ils veulent me faire mourir sous le pensum, ces gens-là!
C'est à peine si je vois le soleil!
Le dimanche, comme les autres jours, j'arrive pour la grande retenue, de deux à six, dans cette salle vraiment lugubre ce jour-là, à cause du silence écrasant, du bruit mélancolique que fait un soulier qui passe, une porte qui tombe, un fredon solitaire, un cri de marchand bien loin, bien loin!
Nous sommes là une vingtaine.
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