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Jules Vallès - L'Enfant

Au fond du clos, il y a un trou plein d'eau et de branches mortes, avec de petites grenouilles vertes qui
luisent au soleil; je fais une ligne avec un bâton que je ramasse à terre, un bout de ficelle que je trouve

dans mes poches, et une épingle que fournit Marguerite. Sa soeur donne un morceau de ruban écarlate, et

la pêche commence.

Quels cris quand la première rainette mord! Mais il faut l'arracher de l'hameçon, personne n'ose, la
grenouille s'échappe et les jeunes filles s'enfuient.

Je les suis! Nous passons une journée délicieuse à battre les champs, à entrer jusqu'aux genoux dans la
rivière! Je cours après elles en sautant sur les pierres, que polit le courant.

À un moment, le pied me glisse et je tombe dans l'eau.

Je sors ruisselant, et je m'en vais, le pantalon tout collé et pesant, m'étendre au soleil. Je fume comme une
soupe.

«Si nous le tordions?» dit une cousine, en faisant un geste de lessive.

Elles vont de leur côté, derrière une pierre qui les cache mal, ôter leurs bas; elles ont les jambes trempées,
quoi qu'elles en disent... et si blanches!

Enfin nous voilà séchés, et nous repartons joyeux.

Nous avons les yeux clairs, la peau brillante. Nous prenons des chemins bordés de mûres, et pleins de
petites prunes violettes qui sont aigres comme du vinaigre, et que nous mangeons à poignées, - j'avale les

noyaux pour faire l'homme.

On se fâche, on se perd! mais on se retrouve toujours bras dessus, bras dessous, raccommodés et curieux:
moi, racontant ce que je fais à Saint-Étienne, les farces de collège; elles, disant des gaietés de pension,

ceci, cela, et finissant par crier:

«Laquelle aimez-vous le mieux de nous deux?

- Laquelle aimes-tu mieux?» dit carrément Marguerite, qui jette le vous par-dessus les moulins et se
plante devant moi.

Ne sachant que répondre, je les embrasse toutes deux. On me fouette la figure avec une fleur et l'on
s'écarte pour me bombarder de prunes violettes.

Le soir nous trouve un peu las, et nous causons sur la pierre usée devant la maison, comme de petits
vieux à la porte d'une auberge.

Ah! c'est Marguerite que je préfère décidément! Elle me prend la main toujours à la fin de ses phrases,
elle me dit, ébouriffant ma crinière de ses doigts: «Rejette donc tes cheveux en arrière, tu n'es pas beau

comme ça!»

On me conduit à ma chambre qui est près du grenier, - le grenier où l'on a, l'hiver dernier, pendu les
raisins, entassé les pommes, avec des bouquets de fenouil et des touffes sèches de lavandes. Il en est resté

une odeur et je laisse la porte ouverte pour qu'elle entre chez moi, - encore un chez moi

d'un soir!

Je me mets à la fenêtre et regarde au loin s'éteindre les hameaux. Un rossignol froufroute dans un tas de

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