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Jules Vallès - L'Enfant
On me donne des tapes, on me fait des reproches.
C'est que j'ai adopté un système pour être à l'aise: je les embrasse quand elles me posent une question que je trouve trop difficile.
Ah! que j'ai bien fait de boire du vin!
Elles veulent me rouler.
«Vous savez la géographie?
- Pas trop.
- Vous savez bien quel est le chef-lieu de...»
Je l'ignore absolument, et, pour m'en tirer, j'embrasse, j'embrasse; j'en perds mon assurance, malgré le verre de gros bleu, et si elles ne faisaient pas des petites mines pour se cacher, elles me verraient rougir comme une pivoine.
Nous arrivons à table. Il est midi. Les sabots des garçons de ferme battent l'heure du dîner dans la cour, et tout le monde rentre, même les poules, qui viennent attendre leur grain et se pressent contre la porte. Un poussin estropié se dépêche en tirant la patte; les abords de la maison sont vides, je vois dans les champs les charrues s'arrêter et les laboureurs s'asseoir pour manger la soupe que vient d'apporter la servante dans son tablier vert.
C'est le grand calme de midi et son grand silence.
À notre table (on a servi le dîner à part pour le neveu), il y a une nappe blanche, des fruits dressés dans des soucoupes et une branche d'églantier, qui est là toute frissonnante dans l'eau, fraîche comme un panache vert avec des grelots rouges.
Il vient je ne sais quelle odeur de sureau. - Ah! j'ai le coeur qui s'en va, tant cette odeur est douce!
Après le dîner.
«Si nous partions faire un tour en carriole avec notre cousin?
- La Grise est trop fatiguée, dit le père.
- C'est vrai. Où irons-nous alors?»
J'offre d'aller du côté des sureaux, et nous voilà, au bout d'un moment, occupés à vider la moelle de ces sureaux et à faire des sifflets luisants comme des cuivres; la cousine Marguerite se coupe le doigt et laisse tomber de grosses gouttes de sang sur le blanc des feuilles.
On arrache une herbe pour la panser, et l'on va loin des vilains arbres qui sont cause qu'on s'est coupé.
On va vers la mare où les canards barbotent, on va dans la grange où les fléaux s'arrêtent quand les demoiselles et le cousin entrent! Puis ils repartent décrivant un grand cercle, et battent en mesure les gerbes sur le plancher sonore. J'en attrape un pour essayer; je sens tourner le battant qui part comme une fronde, et qui revient comme un marteau, qui prend de l'air et fait du vent... S'il touchait une tête, il la casserait comme du verre.
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