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Jules Vallès - L'Enfant
«Tu ne reconnais pas mademoiselle Perrinet?»
Quoi, cette petite fille qui avait toujours un pantalon de velours, ses cheveux défaits, avec qui je me battais, qui m'égratignait - j'en ai encore la marque, - elle était méchante comme la gale; c'est elle qui est là avec une belle natte retenue par un peigne d'écaille, un noeud bleu au corsage, une petite fraise de tulle qui entoure son cou doré, une fumée brune sur les joues et la lèvre?
«Embrassez-vous donc!»
Je n'ose pas, elle attend. On me pousse, elle avance. Pas trop!
Je suis rouge, elle l'est bien un peu aussi! Nous avions joué au petit mari et à la petite femme, dans le temps; nous avions fait la dînette ensemble, et la grande égratignure, celle qui me reste comme un bout de fil blanc, avait été donnée, je crois, à la suite d'une scène de jalousie.
Je m'en souviens, elle ne l'a peut-être pas oublié.
«Ma malle est aux messageries.»
Je dis cela avec un revenez-y de vanité, il est entendu que j'irai avec un petit voisin la chercher.
«C'est bien lourd pour toi», dit mademoiselle Balandreau.
Il y a mon trousseau, quelques chemises, ma veste neuve, un paquet pour la tante Rosalie, un paquet pour le vieil oncle et une pierre pour un monsieur.
Ce monsieur est un personnage qui fait une collection de cailloux et a cherché partout un rognon.
J'ai entendu parler de ce rognon pendant six mois, toujours avec le même étonnement; à la fin on a trouvé une chose couleur de fer, que mon père a empaquetée avec soin et que je dois porter au collectionneur; il est parent de je ne sais plus qui dans la haute Université, et la fortune professionnelle de M. Vingtras peut s'accrocher à ce rognon.
Ce mot de rognon me gêne tout de même, et quand une dame, qui se trouve là au moment où je déboucle ma malle, demande ce que c'est que ce caillou bleu, je ne lui dis pas comment on l'appelle.
J'emporte vite cette pierre chez le destinataire qui la tourne, retourne et la regarde comme on mire un oeuf. Il me reconduit et me met cinq francs dans la main en arrivant à la porte.
«C'est pour toi, fait-il.
- Pas pour mes parents? ai-je dit tout bouleversé.
- Pour toi, pour t'amuser en vacances.»
Je viens de faire le tour de la ville, j'ai longé la rivière, j'ai cherché des endroits déserts, j'avais besoin d'être seul.
À la tête d'une fortune! - Si jeune, à mon âge, sans que j'aie besoin d'en rendre compte à mes parents, avec le droit d'en disposer comme je l'entendrai, de faire des folies ou d'économiser, de mettre cet argent dans un pot ou de le jeter par les fenêtres!
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