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Jules Vallès - L'Enfant

«Aie bien soin de ta veste neuve.»

C'est le cri suprême de ma mère.

En route, fouette, cocher!

Les adieux ont été simples. Il faut que j'arrive au plus vite chez le grand-oncle.

On n'a pas fait de sentiment.

Et je n'attendais, moi, que le moment où les chevaux fileraient...

J'ai passé ma nuit à savourer ma joie. J'ai bu, dormi, rêvé, j'ai pris des sirops au buffet, j'ai soulevé les
vasistas, je suis descendu aux côtes.

À six heures du matin, je me suis trouvé en plein Puy, devant le café des Messageries.

Je laisse mon bagage au bureau, et je grimpe vers notre ancienne maison, où mademoiselle Balandreau
doit m'attendre. On lui a écrit que j'arriverais, sans fixer le jour.

Je frappe.

Ah! ce n'est pas long! La bonne vieille fille m'arrive ébouriffée et émue! et m'embrasse, m'embrasse -
comme jamais ne m'a embrassé ma mère.

Elle s'occupe de me débarrasser, et elle a peur que je sois las, et que j'aie eu froid...

«Tu dois être fatigué. Ôte-moi ce paletot-là. Ce n'est pas possible, ce n'est pas toi! - Comme tu es grand! -
Toute la nuit en voiture, pauvre petit, - tu dois avoir sommeil. As-tu dormi?

- Pas fermé l'oeil.»

Je mens comme un arracheur de dents, mais cela la flattera que son favori n'ait pas fermé l'oeil et paraisse
si frais, si fort. - C'est un grand garçon qui peut passer les nuits.

«Veux-tu te coucher? - Tiens, couche-toi. - Tu ne veux pas? - Tu vas prendre une tasse de café au moins?
- Tu sais, comme je t'en donnais en cachette de ta mère, avec du lait. - Tu l'écrémais toujours, - tu disais:

"donne-moi la peau".»

Comme elle m'aime!

Nous faisons le café ensemble. Elle a l'air d'une sorcière, et moi d'un diablotin; elle, avec ses
coques
en l'air, tournant le moulin; moi, dans les cendres, soufflant le feu...

Comme toutes les vieilles filles - qui ont une gourmandise - elle aime son café au lait à l'adoration, - et il
est bon, ma foi! J'en ai les lèvres toutes grasses et les joues toutes chaudes. C'est le même bol que celui

où je trempais autrefois mon museau, en buvant des gorgées doubles parce que ma mère pouvait arriver

et que ma mère ne voulait pas qu'on me gâtât en dehors d'elle; - puis le café au lait, c'est mauvais pour les

enfants, «ça donne des glaires».

«Mais venez donc le voir!»

Elle est allée chercher les voisins, elle a ramené les commères. Il y a une petite demoiselle dans un coin.

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