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Jules Vallès - L'Enfant
que je fisse des bouquets avec des épluchures.
«Pas pour deux liards d'idée.»
Et, prenant l'arrosoir et le balai, elle fait des dessins sur le plancher avec l'eau ou la poussière, en se balançant un peu, minaudière et souriante.
Ah! je n'ai pas cette grâce, certainement!
Quelquefois, c'est le coup de la vigueur: elle prend une peau avec du tripoli ou une brosse à gros poils, et elle attaque un luisant de cuivre ou un coin de meuble.
Elle fait: «Han!» comme un mitron; elle geint à faire pousser des pains sur le parquet! J'en ai la sueur dans le dos!
Mais je suis vigoureux, j'ai du moignon, et je lui prends le torchon des mains pour continuer la lutte. Je me jette sur le meuble ou je me précipite contre la rampe, et je mange le bois, je dévore le vernis.
«Jacques, Jacques! tu es donc fou!»
En effet, l'enthousiasme me monte au cerveau, j'ai la monomanie flottante...
«Jacques, veux-tu bien finir! Il nous démolirait la maison, ce brutal, si on le laissait faire!»
Je suis fort embarrassé: - ou l'on m'accuse de paresse, parce que je n'appuie pas assez, ou l'on m'appelle brutal, parce que j'appuie trop.
Je n'ai pas deux liards d'idée. C'est vrai, je le sens. Pas même capable de faire la vaisselle avec grâce! Que deviendrai-je plus tard? Je ne mangerai que de la charcuterie, - du lard sur du pain et du jambon dans le papier. J'irai dîner à la campagne pour laisser les restes dans l'herbe.
(Serais-je poète? J'aime à dîner dans la prairie!)
C'est que je n'aurai pas à laver d'assiettes, et Dieu ne m'obligera pas à enlever les crottes des petits oiseaux.
Le plus terrible, dans cette histoire de vaisselle, c'est qu'on me met un tablier comme à une bonne. Mon père reçoit quelquefois des visites de parents, de mères d'élèves, et l'on m'aperçoit à travers une porte, frottant, essuyant et lavant, dans mon costume de Cendrillon. On me reconnaît et on ne sait à quoi s'en tenir, on ne sait pas si je suis un garçon ou une fille.
Je maudis l'oignon...
Tous les mardis et vendredis, on mange du hachis aux oignons, et pendant sept ans je n'ai pas pu manger de hachis aux oignons sans être malade.
J'ai le dégoût de ce légume.
Comme un riche! mon Dieu, oui! - Espèce de petit orgueilleux, je me permettais de ne pas aimer ceci, cela, de rechigner quand on me donnait quelque chose qui ne me plaisait pas. Je m'écoutais, je me sentais surtout, et l'odeur de l'oignon me soulevait le coeur, - ce que j'appelais mon coeur, comprenons-nous bien; car je ne sais pas si les pauvres ont le droit d'avoir un coeur.
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