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Jules Vallès - L'Enfant

Je la reverrai, si Dieu le veut.

Mais quand je reparaîtrai devant elle, comment serai-je reçu? Me reconnaîtra-t-elle?

Si elle allait ne pas me reconnaître!

N'être pas reconnu par celle qui vous a entouré de sa sollicitude depuis le berceau, enveloppé de sa
tendresse, une mère enfin!

Qui remplace une mère?

Mon Dieu! une trique remplacerait assez bien la mienne!

Ne pas me reconnaître! mais elle sait bien qu'il me manque derrière l'oreille une mèche de cheveux,
puisque c'est elle qui me l'a arrachée un jour. Ne pas me reconnaître; mais j'ai toujours la cicatrice de la

blessure que je me suis faite en tombant, et pour laquelle on m'a empêché de voir les Fabre. Toutes les

traces de sa tutelle, de sa sollicitude, se lisent en raies blanches, en petites places bleues. Elle me

reconnaîtra; il me sera donné d'être encore aimé, battu, fouetté, pas gâté!

Il ne faut pas gâter les enfants.

Elle m'a reconnu! merci, mon Dieu! Elle m'a reconnu et s'est écriée:

«Te voilà donc! s'il t'arrive de me faire encore t'attendre jusqu'à deux heures du matin, à brûler la bougie,
à tenir la porte ouverte, c'est moi qui te corrigerai! Et il bâille encore! devant sa mère!

- J'ai sommeil.

- On aurait sommeil à moins!

- J'ai froid.

- On va faire du feu exprès pour lui, - brûler un fagot de bois!

- Mais c'est M. Doizy qui...

- C'est M. Doizy qui t'a oublié, n'est-ce pas! Si tu ne l'avais pas fait tomber, il n'aurait pas eu à te punir, et
il ne t'aurait pas oublié. Il voudrait encore s'excuser, voyez-vous! Tiens! voilà ce qui me reste d'une

bougie que j'ai commencée hier. Tout ça pour veiller en se demandant ce qu'était devenu monsieur!

Allons, ne faisons pas le gelé, - n'ayons pas l'air d'avoir la fièvre... Veux-tu bien ne pas claquer des dents

comme cela! Je voudrais que tu fusses bien malade une bonne fois, ça te guérirait peut-être...»

Je ne croyais pas être tant dans mon tort: en effet, c'est ma faute; mais je ne puis pas m'empêcher de
claquer des dents, j'ai les mains qui me brûlent, et des frissons qui me passent dans le dos. J'ai attrapé

froid cette nuit sur ces bancs, le crâne contre le pupitre; cette lecture aussi m'a remué...

Oh! je voudrais dormir! je vais faire un somme sur la chaise.

«Ôte-toi de là, me dit ma mère en retirant la chaise. On ne dort pas à midi. Qu'est-ce que c'est que ces
habitudes maintenant?

- Ce ne sont pas des habitudes. Je me sens fatigué, parce que je n'ai pas reposé dans mon lit.

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